La recherche d'équilibre entre valorisations locales et exportations, un enjeu de compétitivité pour la filière céréalière en Nouvelle-Aquitaine | Passion Céréales

La recherche d'équilibre entre valorisations locales et exportations, un enjeu de compétitivité pour la filière céréalière en Nouvelle-Aquitaine

Nous sommes également la 1ère région de France et d’Europe pour la production de maïs grains, avec en moyenne 4,5 Mt produites. Avec près de 200 organismes stockeurs et une centaine de transformateurs, nous disposons dans la région du plus dense maillage de France.

La Nouvelle-Aquitaine est également la 1ère région française en termes de reconnaissances officielles, pour l’alimentation humaine comme pour la nutrition animale (signes de qualité, IGP, etc.). Un territoire d’excellence agricole donc !

Or, en Nouvelle-Aquitaine, si la collecte est principalement valorisée au niveau local, la filière trouve de nombreux marchés à l’export grâce à sa position géographique (façade atlantique et frontière espagnole), ses infrastructures portuaires et ses productions demandées (blés panifiables supérieurs, maïs classe A, etc.).

Pour toutes ces raisons, nous avons choisi d’aborder ici la question de la recherche de l’équilibre entre valorisations locales et exportations, en mettant sur la table du débat : circuits courts, circuits longs, export, etc., pour nous diriger naturellement vers le constat de la complémentarité comme facteur de compétitivité.

Pour les filières agricoles, nous avons identifié quatre défis majeurs sur lesquels nous souhaitons aller plus vite et plus loin : l’adaptation au changement climatique ; la réduction de la dépendance aux produits chimiques ; la réponse aux attentes sociétale (alimentation, proximité, bien-être animal...) ; et le renouvellement générationnel, notamment en encourageant les jeunes à entrer dans le métier afin de maintenir l’équilibre des territoires ruraux. Sur ces bases, nous menons la concertation avec les acteurs concernés.

Quant au débat entre valorisations locales et exportations, nous en connaissons bien les termes : faut-il exporter des produits bruts ou transformés ? S’il est facile d’exporter des grains de blé, il est plus difficile d’exporter du pain ou de la farine, etc. Ce débat nous anime aux côtés des acteurs de la filière.

Et l’export agricole de notre territoire est accompagné d’outils régionaux tels que : des analyses de marché, audits d’entreprise, formations, recrutements de collaborateurs dédiés (VIE). Il existe aussi les programmes SIRENA (diagnostics et soutien à l’export) ainsi qu’un dispositif plus particulièrement adapté aux exportateurs confirmés (Cap International). En 2018, 800 000 euros d’aides régionales ont été mobilisées dans le secteur agroalimentaire, en faveur d’une vingtaine de dossiers. Par ailleurs, la Région dispose d’un bureau à Bruxelles où elle représente les acteurs locaux auprès des instances internationales. Enfin, elle contribue à des initiatives à l’international, à l’image du magasin pilote « So France » de Singapour, où 50 % des références présentées sont issues de Nouvelle-Aquitaine.

En un mot, la Région Nouvelle-Aquitaine se bat pour trouver des moyens, mais aussi pour lutter contre tous les facteurs de décroissance et de perte de compétitivité de notre agriculture, à l’échelle locale comme internationale. 

La Nouvelle-Aquitaine, une région leader, un profil agricole favorable aux équilibres

La qualité : une force au service de la demande locale, un atout à l’export

Incarnant la quinzième génération de meuniers Bellot, Jean-Paul Bellot, président du conseil de surveillance de Bellot Minoteries, perpétue la tradition familiale qui fait de l’utilisation de blés régionaux « un adage de tous les jours ». Cette entreprise de 90 personnes écrase chaque année 100 000 t de blé, dont la moitié est dirigée vers l’industrie, 25 % vers les boulangeries artisanales et environ 20 % vers les grandes et moyennes surfaces. Elle exporte aujourd’hui 4 % de son tonnage, notamment vers la Chine, la Slovaquie, l’Angleterre et, plus récemment, vers les États-Unis à travers l’enseigne de boulangerie française Marie Blachère qui s’implante sur ce marché. « Au plan national, la meunerie utilise 5 Mt de blé tendre chaque année en France, rappelle Jean-Paul Bellot. Nous sommes de petits utilisateurs, mais nous sommes des utilisateurs particulièrement exigeants ! C’est au nom de cette exigence que notre entreprise s’approvisionne au plus près (70 km aujourd’hui avec pour objectif de descendre à 50 km) et en blés de qualité. Notamment pour faire la fameuse baguette de tradition française que les consommateurs locaux apprécient et qui bénéficie d’une aura extraordinaire à l’étranger. »

Autre secteur utilisateur, la nutrition animale transforme chaque année environ 4,6 Mt de céréales au niveau national. Troisième région avec une production de 2,8 Mt1, la Nouvelle-Aquitaine compte 47 fabricants d’aliments pour animaux. Le groupe coopératif Maïsadour, présent à la fois en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, est un acteur régional majeur, avec une production totale 750 000 t par an. « Ces volumes sont principalement consommés au niveau du territoire, expose Jean-Louis Zwick, directeur du Pôle agricole de Maïsadour. Tout d’abord en raison du ratio valeur ajoutée/coûts logistiques. Cela coûte plus cher de transporter l’aliment que de le fabriquer. Pour être rentable, efficace et avoir un bilan CO2 intéressant, un site de production doit livrer dans un rayon maximal de 70 km. Ensuite, si l’on procède par groupage, il faut une plate-forme logistique tous les 120 km pour dégrouper les sacs et livrer les éleveurs. »

Reste que si le modèle du secteur privilégie structurellement le local, l’exportation peut aussi offrir des opportunités conjoncturelles, comme l’ont révélé les crises sanitaires qui, au cours des dernières années, ont touché l’élevage et, de fait, impacté la nutrition animale. « Nous avons perdu environ 15 % des volumes, confirme Jean-Louis Zwick. Ceci nous a conduits à explorer des voies alternatives et à nous tourner vers l’extérieur, notamment vers l’Espagne et les DOM-TOM. Nos exportations représentent aujourd’hui 20 000 t, et si notre objectif est d’atteindre 30 000 t, soit 5 % des volumes, elles n’ont pas vocation à aller significativement au-delà car le coût logistique reste un facteur handicapant. »

Le poids du défi climatique

Baptisée Néo Terra, cette trajectoire fixe onze ambitions, accompagnées d’engagements chiffrés et d’actions concrètes visant à accompagner l’effort de transition en termes énergétique, écologique et agricole à l’horizon 2030. Ainsi que le détaille Jean-Pierre Raynaud, « en ce qui concerne les filières agricoles, nous avons identifié quatre défis majeurs sur lesquels nous souhaitons aller plus vite et plus loin : l’adaptation au changement climatique, la réduction de la dépendance aux produits chimiques, la réponse aux attentes sociétale (alimentation, proximité, bien-être animal...) et le renouvellement générationnel, notamment en encourageant les jeunes à entrer dans le métier afin de maintenir l’équilibre des territoires ruraux. C’est sur ces bases que nous menons la concertation avec les acteurs concernés. »

« Traduits en objectifs, ces axes impliquent en premier lieu un effort massif de recherche pour trouver les solutions – qui n’existent pas encore – permettant de sortir des pesticides de synthèse, précise Jean-Pierre Raynaud. Par ailleurs, nous visons d’atteindre en 2030 un taux de 80 % des exploitations certifiées Bio ou Haute valeur environnementale (HVE), de diminuer de 30 % la consommation d’énergie et d’augmenter de 50 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique des exploitations. Enfin nous souhaitons porter de 17 à 30 % la part des exploitations ayant des débouchés sur les circuits courts pour l’ensemble ou une partie de leur production. »
 

La ressource alimentaire, au cœur des enjeux géostratégiques

Or, comme le rappelle Matthieu Brun, l’agriculture et l’alimentation forment un sujet hautement stratégique dans les relations internationales. « Pour les peuples, le pain est plus précieux que le pétrole. Il fait partie de la vie quotidienne depuis plus de 10 000 ans, alors qu’on s’intéresse au pétrole depuis 150 ans... Les ressources alimentaires sont à la fois des atouts et des faiblesses pour la puissance d’un État. Les États les plus faibles en termes de capacité à produire et à assurer l’autosuffisance alimentaire de leur population sont les plus exposés. Même les pays les plus riches, comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite, sont fragilisés par leur nécessité d’assurer un approvisionnement alimentaire dépendant des importations. »

Phénomène aggravant, on sait que la population mondiale va augmenter de 7,5 milliards d’habitants à 10 milliards en 2050. « Au niveau de l’Égypte, par exemple, cela représente un bond démographique de 100 à 150 millions, reprend Matthieu Brun. Aujourd’hui, les fameuses plaines fertiles du Nil ne suffisent plus à produire les céréales en quantités suffisantes, et 50 % des besoins sont couverts par les importations... Qu’en sera-t-il dans trente ans ? Il en va de même en Syrie, traditionnel grenier à blé du Moyen Orient, qui n’arrive plus à produire assez pour sa propre population. Sans oublier le Maroc ou l’Algérie, qui sont dans la même situation. Dans ce contexte, il est évident que notre capacité à fournir du blé à ces populations est un enjeu de stabilité géopolitique. Il suffit de regarder les efforts que déploie Vladimir Poutine dans cette région du monde – notamment en présentant aux dirigeants les ressources agricoles de la Mer Noire – pour s’en convaincre... »

Toute pénurie entraînant systématiquement de l’instabilité politique et de l’instabilité sociale, les pays producteurs doivent être conscients que les enjeux alimentaires sont des enjeux de sécurité où, selon Matthieu Brun, « la déglobalisation n’a aucun sens ! En outre, cette situation conditionne la vision de nos relations commerciales avec les pays importateurs qui font partie intégrante de la diplomatie et qui doivent se construire sur le long terme. » Un point de vue que partage Anass Lagrane, meunier marocain et dirigeant au sein de la compagnie Forafric-Millcorp, qui insiste sur l’importance du cadre réglementaire dans lequel s’effectuent les échanges. « Les accords de libre échange entre le Maroc et l’Union européenne favorisent les importations en provenance de l’Europe : elles représentent ainsi 70 % de nos flux d’importation. Sur les 5 Mt de blé tendre qui sont consommées chaque année au Maroc, plus de 3 millions sont importées. De plus, je tiens à souligner l’importance du professionnalisme des filières. Les acteurs de la filière céréalière française sont à ce titre d’un niveau très supérieur à d’autres pays producteurs. Par exemple, la Sica Atlantique offre des prestations logistiques que l’on ne trouve par ailleurs. Mais nos attentes ne se limitent pas à l’opérationnel. Il y a une vraie nécessité pour nous de nous fournir avec des blés tendres de qualité afin de répondre à nos besoins locaux. Comme dans tous les pays d’Afrique du Nord, les meuniers marocains veulent des blés à fort taux de protéines pour faire un pain de qualité équivalente à celle de la baguette française. De même pour les blés durs qui doivent présenter des caractéristiques bien spécifiques. »

Dépasser l’opposition « local/export »

Si Matthieu Brun souscrit à cette vision des complémentarités entre réalités locales et export, il considère que la valorisation des productions locales passe aussi, voire en premier lieu, par un nécessaire rétablissement du lien entre les producteurs et les consommateurs. « Les urbains sont de plus en plus déconnectés du monde agricole. Ils ne savent plus comment on cultive des céréales, comment on élève des animaux. Dès lors, ils n’ont plus conscience que les agriculteurs sont des acteurs majeurs du tissu économique et de l’aménagement du territoire. Il faut agir à l’échelle nationale et locale, comme le fait par exemple Passion Céréales, mais aussi sur le terrain, en ouvrant les fermes. Il faut se faire entendre, notamment en parlant d’alimentation qui est une préoccupation majeure des consommateurs. Il faut rappeler que l’agriculture française fournit une alimentation de qualité, saine et traçable, dans le cadre du système alimentaire le plus durable au monde. Et, pour maintenir ce modèle, il faut continuer à produire, transformer sur les territoires et, aussi, exporter pour créer de la valeur au niveau local. »

La pérennité des approvisionnements représente, à cet égard, une clé de la chaîne de valeur pour les filières de production. C’est notamment le cas pour la filière blé-farine-pain où Bellot Minoteries a mis en place des contractualisations tripartites producteurs/coopératives-transformateur/utilisateurs portant sur des variétés de blé et des farines spécifiques, particulièrement pour celles bénéficiant d’une valorisation sous labels de qualité : bio, Label Rouge, etc. Pour le groupe Maïsadour, la représentation du marché local se veut résolument extensive. « Nous utilisons des ressources locales pour fabriquer des produits qui vont être consommés partout ailleurs, note Jean-Louis Zwick. Notre production de volailles s’élève à environ 30 millions par an : si l’on se cantonnait à notre marché d’origine, nous en ferions à peine le tiers. Pour le consommateur parisien ou alsacien, le poulet aura certes été transporté, mais il a l’assurance que tout ce qu’il a mangé aura été produit localement avec une distance réduite entre les maillons de la chaîne de production. Le saut s’effectue ensuite. C’est là qu’intervient l’étiquetage : il doit être un support de communication à part entière, clair et exhaustif, pour indiquer au consommateur que le produit a bien été élaboré avec des ressources locales... et non avec des tourteaux de soja brésiliens ! »

Mobiliser les acteurs au-delà de la filière

Au-delà des forces structurelles du secteur agroalimentaire français et de la solidité des filières historiquement positionnées à l’export, le potentiel exportateur de la France suscite des interrogations chez certains professionnels présents dans l’assemblée. Ainsi, le président de la Chambre d’Agriculture de Charente-Maritime, Luc Servant, rappelle que « si on enlève les vins et spiritueux, la balance commerciale se réduit à la portion congrue et l’on voit même apparaître des déficits. À tel point qu’on se demande s’il y a une réelle volonté d’être présents sur les marchés export... D’autant plus que, par ailleurs, les politiques engagées sur la transition écologique influent sur la capacité de production... » Un point de vue partagé par plusieurs participants qui voient dans les nouvelles contraintes pesant sur l’agriculture – notamment en termes de réduction des surfaces et de limitation des traitements de protection des plantes – des facteurs handicapants pour la production et, par extension, pour l’exportation.

Face à ces objections, Jean-Pierre Raynaud réaffirme l’engagement de la Région Nouvelle-Aquitaine en faveur de l’aide à l’export (voir encadré ci-dessous) tout en admettant que la France a perdu des places dans la compétition internationale. Sur les évolutions des pratiques agricoles, il rappelle que cette évolution demandera du temps et d’importants investissements pour développer des solutions alternatives dédiées à la protection des cultures. Ainsi, la convergence des enjeux environnementaux, des demandes évolutives des marchés et des nouvelles attentes sociétales souligne, selon lui, « l’intérêt de travailler les créneaux qualité, bio et HVE qui tirent le marché vers le haut et qui rémunèrent bien... »

« Quant au débat entre valorisations locales et exportations, nous en connaissons bien les termes, conclut-il. Faut-il exporter des produits bruts ou transformés ? S’il est facile d’exporter des grains de blé, il est plus difficile d’exporter du pain ou de la farine, même si des acteurs comme Bellot le font très bien... La Région Nouvelle-Aquitaine se bat pour trouver des moyens, mais aussi pour lutter contre tous les facteurs de décroissance et de perte de compétitivité de notre agriculture. »

Nos conclusions