La diversification et la complémentarité des productions comme clés de compétitivité de la filière céréalière normande | Passion Céréales

La diversification et la complémentarité des productions comme clés de compétitivité de la filière céréalière normande

Passion Céréales poursuit en 2018 son Tour de France des régions céréalières

En partenariat avec la région Normandie,la huitième session du cycle s’est déroulée le 9 novembre 2018, au Conseil Régional de Normandie (Abbaye-aux-Dames) à Caen, sur le thème « La diversification et la complémentarité des productions comme clés de compétitivité de la filière céréalière normande ». Le présent document propose une synthèse des échanges.

Concernant les céréales, ce sont 5 millions de tonnes de céréales qui sont produites chaque année – du blé tendre, de l’orge, du maïs – et, grâce à la qualité de ses sols limoneux, la Normandie se positionne au deuxième rang national pour ses rendements en blé tendre. Portée par une production importante et de qualité, la culture céréalière représente l’un des moteurs de l’économie normande, pourvoyeuse de plus de 27 000 emplois directs dans la filière. Plus d’une exploitation sur deux cultive des céréales (17 900 exploitations sur un total de 31 500) sur un territoire valorisé en agriculture à près de 70%. Tout ceci représente 1,1 milliard d’euros de valeur ajoutée pour la région.

La Région Normandie peut s’appuyer sur un superbe réseau d’entreprises de taille nationale et internationale, opérant en première et en seconde transformation (moulins, boulangeries, brasseries, biscuiteries) qui contribuent au maintien de nombreux emplois non délocalisables.

Enfin, soulignons-le, la région produit de nombreuses spécialités culinaires à base de céréales comme les fameux sablés de Normandie ou la bouillie de Sarrasin. Quelle serait aussi la réputation de nos tartes aux pommes et de notre bière sans la qualité de nos céréales ?

Vous le voyez, la région normande a de nombreux atouts. Mais elle peut aller encore plus loin pour améliorer sa compétitivité et garantir la force de ses exploitants agricoles, notamment en favorisant la diversification et la complémentarité de ses productions. Diversifier et compléter la surface agricole aujourd’hui c’est réussir à combiner l’exploitation traditionnelle et les nouvelles filières périphériques telles que le tourisme rural, les circuits courts, les énergies renouvelables mais aussi la nutrition animale. Tous ces domaines, vous le savez, sont des clefs importantes de compétitivité.

Partant de ce constat, nous nous réunissons aujourd’hui pour comprendre l’intérêt des atouts que je viens de citer, mais surtout les solutions que la filière et la Région peuvent apporter pour les concrétiser. Ensemble, il s’agira d’envisager concrètement les opportunités et les débouchés de la diversification et de la complémentarité, celles déjà existantes mais aussi celles à venir ou à créer.

Au cours de cette matinée, nous avons ainsi pu échanger sur les formidables interactions qui existent déjà entre nous tous, acteurs industriels du territoire, de la filière céréalière, et sur la consolidation de nos forces pour renforcer notre développement aux côtés de nos élus.

Lorsque Passion Céréales nous a proposé d’organiser leur évènement du Tour de France des régions céréalières en Normandie sur le thème de la diversification et de la complémentarité, nous avons été naturellement enthousiastes, dans une région où tout pousse, où les expérimentations sont faciles, et où les atouts actuels et à venir sont nombreux.

Du côté de la Région, nous nous sommes fixé pour objectif, d’ici à 2020, de compter sur notre territoire 20 % d’exploitations ayant une activité complémentaire de diversification contre 10 % actuellement, car nous sommes plus forts dans la diversité. Mais s’engager dans la diversification, c’est avoir un projet bien pesé et bien mûri, déployé dans le cadre d’une politique agricole co-construite.

C’est de cela qu’il sera question au cours de cette matinée, définir les enjeux et les conditions de réussite de la diversification et de la complémentarité mais surtout identifier nos forces et initiatives communes à l’œuvre sur le territoire normand.
Car de nombreuses initiatives sont déjà en place et je les salue : développement de l’économie circulaire ou des solutions favorables à la transition énergétique, agriculture urbaine, agrotourisme, gîtes, salles de réunion à la ferme, pensions pour animaux. Face à cette créativité, je voudrais toutefois rappeler que la diversification peut et doit permettre de dégager un revenu complémentaire pour l’agriculteur.  

Ainsi, après cette matinée d’échanges, mon souhait serait que, dans 30 ans, nous ayons des agriculteurs heureux sur leurs exploitations, y ayant trouvé leur place et gagnant correctement leur vie grâce notamment à la contractualisation sur plusieurs années. Plus que jamais, il faut aller chercher l’innovation et travailler avec la jeune génération porteuse de nouveaux projets et de nouvelles pratiques pour porter au plus haut les filières céréalières et agricoles.

Ainsi, j’espère que cette matinée d’échanges nous permettra de voir pleinement les forces vives de notre territoire pour continuer à construire la valeur ajoutée de la Normandie.

Faire de la Normandie « le garde-manger de la France »

« La Normandie offre à la filière céréalière de nombreux atouts : des céréales de qualité grâce à un fort potentiel agronomique et à des sols souvent limoneux offrant de très bons rendements au blé tendre, des conditions météorologiques encore idéales, une façade maritime attractive, un vaste bassin de consommation avec la proximité du port de Rouen et la présence de nombreuses agglomérations à proximité », précise d’entrée Jean-Pierre Prévost, délégué Passion Céréales pour la région Normandie. On y trouve également un réseau dense et diversifié d’entreprises de taille nationale et internationale : moulins, boulangeries, biscuiteries, alimentation animale... Ce maillage forme un tissu économique aux emplois non délocalisables qui fait des céréales l’un des principaux moteurs de la Normandie.

Dans ce contexte favorable, la Région entend faire de la Normandie le « garde-manger de la France », et l’agriculture normande, qui représente plus de 100 000 emplois, figure au cœur de ses priorités, comme l’indique Clotilde Eudier, vice-présidente en charge de l’Agriculture à et co-gérante d’une exploitation polyculture-élevage. « Avec l’ensemble des acteurs de l’agriculture, la Région a souhaité, dès 2016, mettre en place des solutions concrètes, innovantes et performantes pour faire évoluer l’agriculture normande et donner au monde agricole les moyens de travailler dans les meilleures conditions possibles. » La Nouvelle Politique Agricole engagée par la Région s’articule autour de huit enjeux majeurs correspondant aux étapes clés du parcours professionnel d’un agriculteur, de son installation à la contractualisation en passant par la valorisation de ses productions, l’innovation agricole ou encore l’encouragement de nouvelles pratiques agricoles.

Tirer parti des ressources et des atouts du territoire

Il faut tout d’abord savoir se saisir des opportunités de diversification et de complémentarité présentes sur le territoire. C’est ainsi que les coopératives accompagnent les céréaliers qui souhaitent se diversifier dans la production de légumes, valoriser leurs céréales dans l’élevage de volailles ou sur les semences, se convertir au bio ou encore, grâce au très haut niveau de qualité des productions céréalières normandes, partir à l’export sur des marchés très exigeants et aux cahiers des charges spécifiques. Comme l’explique Philippe Vincent, directeur de la branche Céréales de la coopérative multispécialiste Agrial, « la diversification et la complémentarité à l’œuvre sur notre territoire se reflètent dans la vie de notre coopérative agricole et agroalimentaire, qui est elle-même présente dans de nombreux domaines d’activités, que ce soit autour des productions végétales ou des productions animales. »

Quant au port de Rouen, situé au cœur des grandes plaines céréalières, il constitue un réel atout dans la diversification pour les céréales. En effet, il jouit d’un emplacement géographique privilégié qui le met à très faible distance des zones de production de la Normandie, de l’Île-de-France et de la Picardie. De plus, il mise sur d’importants investissements publics et privés (approfondissement du chenal d’accès, mise à niveau des quais, construction de nouveaux silos...) pour gagner en performance. « Les céréales normandes partent d’ici vers les pays méditerranéens (Algérie, Maroc, Afrique de l’Ouest, l’Égypte), l’Union européenne mais aussi l’Asie du Sud-Est et la Chine, qui vient s’approvisionner en orge de brasserie pour ses bières, poursuit Philippe Vincent. Sur le marché stratégique de l’export, et sans doute plus encore que sur les autres marchés, il faut débanaliser la céréale et se différencier. Pour ce faire, il faut rencontrer le client, apprendre à connaître les besoins de l’utilisateur et créer une relation durable avec lui. »

Pour Jean-Bernard Leroux, responsable du pôle animal chez Cap Seine, la complémentarité des productions normandes avec les céréales se fait naturellement, notamment dans l’alimentation animale, elle-même vecteur de diversification pour les céréales. Cap Seine est un groupe coopératif fort de 5 400 producteurs et de 3 800 adhérents, à 80 % polyculteurs-éleveurs cultivant à la fois des céréales, des légumineuses, des semences... « D’une façon générale, la nutrition animale est un gros utilisateur de céréales, indique-t-il. Sur les 20 millions de tonnes d’alimentation pour le bétail utilisées en France, ce sont près de 10 millions de tonnes de céréales qui sont incorporées dans ces aliments, 48 % au plan national et 36 % sur la Normandie en raison d’une forte activité « ruminants », un peu moins consommatrice de céréales. Qualité sanitaire, silos dédiés, traçabilité et suivi qualité doivent aussi devenir des enjeux de taille pour la nutrition animale. »
 

Les clés d'une diversification réussie et maîtrisée

C’est pourquoi, souligne Clotilde Eudier, « la Région Normandie s’est fixé pour objectif d’ici à 2020 de compter sur son territoire 20 % d’exploitations ayant une activité complémentaire de diversification contre 10 % actuellement. Toutefois, s’engager dans la diversification doit être le fruit d’un projet bien pesé et bien mûri, déployé dans le cadre d’une politique agricole co-construite. »

 

« Penser filière »

Il importe de partir de la réalité des besoins et des ressources du territoire et avant tout « penser filière » dès lors que l’on envisage d’engager une diversification. « Il faut le faire avec des productions fortes et porteuses de débouchés, notamment sur le territoire normand, et aux côtés d’organisations de producteurs renforcées. Et ne pas négliger le volet négociation avec la grande distribution... », poursuit Clotilde Eudier.

« D’autant que la construction d’une filière se fait en moyenne sur une dizaine d’années », ainsi que le rappelle Stéphanie Raux, directrice du pôle Filières de la Chambre d’Agriculture de Normandie et directrice de Nov&Atech. Ce cluster normand des agro-ressources est spécialisé depuis une dizaine d’années dans la création de nouveaux débouchés en vue de valoriser les productions agricoles normandes et de favoriser l’émergence de filières régionales biosourcées.

Dans le prolongement de la diversification réussie construite autour du colza érucique il y a une trentaine d’années en Normandie, Nov&Atech conduit actuellement le développement d’une filière autour du chanvre – avec les peintures écologiques aux huiles végétales comme débouché – mais aussi d’une filière « sarrasin », depuis 2018, avec le soutien de la Région et en associant industriels, transformateurs et agriculteurs. Ces deux marchés sont encore en phase de construction et en recherche d’équilibre économique.

« Qui dit diversification, dit partir d’un débouché, fournir un prix et une rémunération derrière tout en assurant une qualité aux industriels dans une conformité très stricte à un cahier des charges. Cela permet qu’une relation gagnant-gagnant s’instaure entre les différents acteurs », résume Stéphanie Raux. « Il importe effectivement de se mettre dans un cadre structuré et de bien encadrer les volumes pour ne pas déstabiliser les filières, qu’elles soient déjà ancrées ou bien émergentes », ajoute Philippe Vincent.

 

Dégager un revenu complémentaire

Sur les 13 000 adhérents de la coopérative Agrial, on recense des producteurs de lait, des agriculteurs céréaliers mais aussi des producteurs de pommes à cidre et autres fruits frais, de légumes, de boissons, de viandes… sachant que très peu de ses adhérents ne sont spécialisés que sur une seule production. « Agrial se développe pour ramener des droits à produire pour les agriculteurs dans un territoire ouvert sur le monde, une position qui met la Région en forte compétition sur ses principaux marchés, détaille Philippe Vincent. Même si les prix sont un peu plus corrects aujourd’hui, il est difficile pour nos adhérents de vivre des seules grandes cultures classiques (blé, colza, orge...). D’où la nécessité de leur trouver de nouvelles solutions à forte valeur ajoutée, notamment autour des céréales (blé meunier, sarrasin, blé améliorant, millet) ou d’autres cultures (productions légumières, productions de semences, sorgho, soja…). Quant à l’alimentation animale, gros débouché pour la région, des cahiers des charges se mettent en place en vue de fournir des aliments sans OGM : c’est une opportunité stratégique pour la filière céréalière. »

« La diversification peut et doit en effet permettre de dégager un revenu complémentaire pour l’agriculteur », confirme Clotilde Eudier. C’est le cas pour Bastien Hennequez, jeune agriculteur dans l’Eure, à Arnières-sur-Iton. « Expérimentateur » comme il se qualifie lui-même, il est engagé dans la coûteuse réhabilitation d’un corps de ferme datant de 1056 et qui aurait appartenu à la famille Guillaume Le Conquérant. Installé depuis 2014 sur l’exploitation d’un voisin, il a choisi, dès la première année, d’introduire du lin sur les 90 ha de ses parcelles, à côté du blé, du colza et de l’orge mais aussi d’intégrer des lentilles en production de semences et du blé Label Rouge dans la rotation. « Pour mes prairies de 35 ha situées dans un périmètre de protection autour des captages d’eau (sans produits phytosanitaires et sans engrais), j’ai choisi de remplacer mes bovins allaitants par une pension de chevaux tout simplement, explique-t-il. Nous avons choisi un modèle économique basé sur une pension à prix bas mais avec des options payantes. Cela me rapporte des revenus supplémentaires et de la trésorerie chaque mois et non plus seulement une à deux fois par an. »

 

Maîtriser la taille du marché pour préserver les prix

Pour Philippe Vincent, « la diversification pour la profession céréalière apporte une réponse à un double enjeu. D’une part, une production agronomiquement adaptée et délivrant un revenu satisfaisant à l’agriculteur ; d’autre part, un marché existant et maîtrisé au niveau des volumes ». Deux exemples, sur le territoire de la coopérative Agrial permettent d’illustrer l’impact de la non maîtrise du volume.

En Indre et Loire tout d’abord, les agriculteurs produisaient régulièrement 1 200 tonnes d’un millet relativement bien valorisé sur une filière alimentation pour oisellerie à hauteur de 240 €/tonne en 2016. L’engouement des producteurs qui s’en est suivi dès 2017 a entraîné une production en très forte hausse, à hauteur de 4 000 tonnes. Mécaniquement, les prix ont été orientés à la baisse (160 €/t) avec la nécessité pour la coopérative de trouver d’autres débouchés que l’oisellerie pour équilibrer un marché brutalement déstabilisé...

En Bretagne, ensuite. « La filière Blé Noir Tradition Bretagne s’est construite autour des producteurs, des organismes stockeurs et des meuniers. Cette filière a pour objectif de mettre en place une production de blé noir tracée, avec un volume maîtrisé, autour d’un cahier des charges précis. Ces éléments permettent de garantir une rémunération correcte aux agriculteurs. Or en 2016, la récolte nationale de blé noir a été très importante et les prix se sont effondrés de 35% du fait de l’abondance de l’offre, incitant les transformateurs à s’approvisionner sur le marché libre. Pour rééquilibrer le marché, la production sous cahier des charges a dû être stoppée pendant deux années, constate Philippe Vincent. Cela montre qu’une diversification réussie passe aussi par des engagements forts de tous les maillons, et notamment de la part des transformateurs, conjugué à une vigilance accrue portée aux contrats afin de ne pas déstabiliser les filières. »
 

Satisfaire les nouvelles attentes sociétales et environnementales

Dans la diversification animale, il faut aussi des projets réfléchis et financés adossés à de réels débouchés. « Nous avons des opportunités de diversification dans notre région autour de l’œuf. La société civile, plus soucieuse du bien-être animal, réclame aujourd’hui des œufs de plein air. Il nous faut réagir de façon à la fois réfléchie et rapide à ce changement, proposer aux éleveurs de la contractualisation de long terme (10 ans) au regard des investissements nécessaires à engager », précise Jean-Bernard Leroux. Depuis moins de deux ans et rien que sur deux départements normands, Cap Seine a recensé pas moins d’une soixantaine de dossiers en cours de traitement concernant des céréaliers qui souhaitent se diversifier dans l’élevage de poules pondeuses de petite taille. « Parfois aussi, la pression sociétale peut venir freiner une tentative de diversification comme c’est le cas avec certaines productions animales stigmatisées par méconnaissance, pour le poids de leur empreinte environnementale », ajoute Jean-Bernard Leroux.

 

Créer des synergies nouvelles

Enfin, dans le cadre de la transition énergétique, la chimie verte et l’énergie propre représentent de réelles opportunités de diversification et de complémentarité pour la filière céréalière. Les grandes cultures constituent déjà un acteur important d’un marché en phase d’accélération, qu’il s’agisse du bioéthanol incorporé dans les essences, de la filière colza dans le diester ou encore des biocarburants en alternative au diesel à partir d’oléagineux français pour les flottes captives (Oleo100).

« La filière amidonnerie est, elle aussi, très dynamique avec une partie du blé et du maïs ainsi valorisés et que l’on retrouve en composants dans les produits pharmaceutiques, la papeterie, les bioplastiques... N’oublions pas non plus le vrai potentiel que représente la protéine végétale sur nos territoires et, derrière, l’accroissement de notre autonomie protéique », ajoute Philippe Vincent. Quant à la méthanisation, éleveurs et producteurs s’organisent de plus en plus sur le territoire normand afin de valoriser leurs coproduits dans de nouvelles unités, notamment dans l’Orne. « La nutrition animale participe depuis longtemps à l’économie circulaire par la valorisation des coproduits issus des productions végétales comme le son de blé», complète Jean-Bernard Leroux.

Ainsi que le rappelle Clotilde Eudier, « nous avons la chance d’être sur un terroir où tout pousse, où l’on peut tout expérimenter avec une marque Normandie qui fait vendre... » Agriculture urbaine, agrotourisme, drive-fermiers, crêperies ouvertes en ville par des agriculteurs, gîtes ruraux, salles de réunion à la ferme, pensions pour chevaux : toutes ces activités émergentes témoignent d’une créativité partout à l’œuvre dans la diversification sur le territoire normand. « Je souhaite que, dans 30 ans, nous ayons des agriculteurs heureux sur leurs exploitations, y ayant trouvé leur place et gagnant correctement leur vie grâce à la contractualisation sur plusieurs années, entre autres dispositifs. Plus que jamais, il faut aller chercher l’innovation et travailler avec la jeune génération porteuse de nouveaux projets et de nouvelles pratiques pour porter au plus haut les filières céréalières et agricoles », conclut Clotilde Eudier.
 

Nos conclusions

Ainsi, la Normandie offre à la filière céréalière de nombreux atouts : des céréales de qualité, des conditions météorologiques idéales, une façade maritime attractive, un vaste bassin de consommation avec la proximité du port de Rouen et la présence de nombreuses agglomérations à proximité et un réseau dense et diversifié d’entreprises (moulins, boulangeries, biscuiteries, alimentation animale, etc.) qui représentent 100 000 emplois non délocalisables dans la région.

La région, de son côté, grâce à sa Nouvelle Politique Agricole qui s’articule autour des enjeux rencontrés par les agriculteurs au cours de leur parcours professionnel (installation, contractualisation, valorisation de ses productions, innovation agricole, etc.) entend faire de la Normandie le « garde-manger de la France ».

Tirer parti des ressources et des atouts du territoire

La Région Normandie est une terre de céréales, de polycultures et d’élevages où diversification et complémentarité des cultures et des activités sont en constant ajustement, sur l’ensemble des marchés.

Elle dispose d’autres atouts et d’acteurs accompagnants pour saisir toutes les opportunités de diversification et de complémentarité présentes sur le territoire, comme les coopératives qui accompagnent des céréaliers qui souhaitent se diversifier ou partir à l’export.

L’emplacement géographique privilégié du port de Rouen, (proche de la Normandie, de l’Île-de-France et de la Picardie) ainsi que l’importance de l’alimentation animale son également des vecteurs naturels de diversification pour les céréales.

Les clés d’une diversification réussie et maitrisée

Pour réussir la diversification, il apparaît qu’il importe avant tout de « penser filière », à l’image de Nov&Atech, cluster normand des agro-ressources spécialisé dans la création de nouveaux débouchés en vue de valoriser les productions agricoles normandes et de favoriser l’émergence de filières régionales biosourcées (exemples : chanvre ou sarrasin).

Une diversification réussie, c’est notamment celle qui remplit l’objectif de dégager un revenu complémentaire à ceux des grandes cultures classiques (blé, colza, orge...). C’est pourquoi il est nécessaire de trouver des solutions à forte valeur ajoutée, notamment autour des céréales, d’autres cultures ou de l’alimentation animale.

Enfin, diversification et complémentarité permettent de de répondre à un double enjeu : maîtriser la taille du marché pour préserver les prix et pérenniser un marché existant, mais surtout, maîtrisé.

Satisfaire les nouvelles attentes sociétales et environnementales et créer des synergies nouvelles

La diversification dépend également de la pression exercée par les enjeux sociétaux et environnementaux. Dans la diversification animale, il faut désormais être attentif aux attentes de la société civile, plus soucieuse du bien-être animal. Ainsi, le territoire voit les demandes de diversification dans l’élevage de poules pondeuses de petite taille se multiplient.

Les opportunités de diversification et de complémentarité pour la filière céréalière résident également dans le cadre de la transition énergétique, de la chimie verte et l’énergie (bioéthanol incorporé dans les essences, filière colza dans le diester, les biocarburants en alternative au diesel à partir d’oléagineux français pour les flottes captives), de l’économie circulaire (revalorisation d’une partie du blé et du maïs en composants dans les produits pharmaceutiques, la papeterie, les bioplastiques) ou encore du développement de la méthanisation.

Enfin d’autres activités, plus éloignées de l’agriculture, se développent et témoignent de la créativité à l’œuvre : agrotourisme, drive-fermiers, crêperies ouvertes en ville par des agriculteurs, gîtes ruraux, salles de réunion à la ferme, pensions pour chevaux.