La proximité comme facteur de valorisation et de développement agricole pour la région Bourgogne-Franche-Comté | Passion Céréales

La proximité comme facteur de valorisation et de développement agricole pour la région Bourgogne-Franche-Comté

Passion Céréales lance en 2017 son Tour de France des régions céréalières

Après les régions Centre-Val-de-Loire (Innovation numérique), Hauts-de-France (Formation), Auvergne-Rhône-Alpes (Qualité) et Île-de-France (Logistique), la Bourgogne-Franche-Comté a accueilli la cinquième étape, consacrée au thème de la Proximité.

En partenariat avec la Région Bourgogne-Franche-Comté, la rencontre s’est déroulée le 11 septembre 2018, à Dijon, au sein de la fabrique de pain d’épices Mulot & Petitjean, entreprise familiale fondée en 1796 et labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant ».

L’agriculture régionale a développé un haut niveau de technicité permettant de produire des blés tendres panifiables offrant des taux de protéines supérieurs à la moyenne nationale. Cette matière première répond aux exigences des activités de transformation, particulièrement en boulangerie et en biscuiterie.

Dans notre région dont la qualité des terroirs et les ressources naturelles sont des piliers du dynamisme local, la filière céréalière s’applique à alimenter et à préserver ce patrimoine.

Si nous avons choisi d’aborder en Bourgogne-Franche-Comté la thématique de la proximité comme facteur de valorisation et de développement agricole, c’est parce que grâce à un patrimoine agricole et gastronomique reconnu et recherché, notre région relève le défi de la création de valeur par la mise en lumière de ses ressources et productions locales.

Bien entendu, l’éloignement des canaux d’export et des frontières maritimes jouent un rôle dans ce « recentrage » ; pour autant, la région et les exploitants locaux ont su faire de ces conditions des moteurs de développement, amenant naturellement à la valorisation de la démarche de proximité.

Ainsi, c’est autour de ces questions que nous nous sommes réunis le 11 septembre 2018, pour évoquer ensemble ce qui constitue la notion de « proximité », ses rapports avec la « complémentarité », avec la « confiance », son impact sur l’environnement.

Représentants de la filière et pouvoirs publics régionaux ont alors pu partager constats, attentes, et solutions, pour valoriser et développer nos activités, grâce au levier compétitif que constitue la proximité pour les productions agricoles.

Ainsi, lorsque Passion Céréales a évoqué le sujet de la proximité comme levier de valeur ajoutée pour la région, il a été naturel de développer ensemble cet évènement permettant de faire avancer la réflexion locale en la matière. D’ailleurs, pour cet évènement partenarial avec la filière céréalière, le site était parfaitement choisi, au cœur de l’artisanat et du savoir-faire de notre territoire et du souci de la qualité grâce à l’accueil chaleureux de la maison Mulot & Petitjean, pour laquelle j’ai beaucoup d’admiration.

Dans une logique de création perpétuelle de valeur et d’anticipation, notre Région investit d’abord dans la recherche et l’innovation. Ces leviers fondamentaux permettent de développer des produits à haute valeur ajoutée, adaptés aux turbulences et aux nouvelles réalités que nous connaissons, et notamment climatiques. Nous soutenons en ce sens des projets innovants et initions des appels à projets et programmes tels que Graines de Noé, Maison des semences paysannes, le programme Aléa, ou encore le programme Bio Bourgogne.

En complément, la région privilégie une approche contractualisée par filière, pour favoriser les avantages de la coopération entre les acteurs qui la composent. Prochainement, nous signerons le « contrat de filière céréales ». Et c’est cette dynamique de rapprochement qui fait de la proximité un instrument de création de valeur ajoutée et de performance.

La proximité, c’est aussi celle des circuits d’alimentation. La région est résolument engagée dans un objectif visant à pousser l’alimentation de proximité dans les lycées afin d’arriver, au terme de mon mandat, à au moins 50% de produits de proximité dont 20% de bio pour les 130 lycées qui sont présents sur le territoire.

Cet objectif n’est pas aisé, mais il est important. Les pratiques d’achats, la connaissance des marchés, sont autant de nouvelles habitudes à installer. Et nous nous employons à accompagner ce changement, notamment grâce à la mise en place, avec la profession agricole, d’une « task force » dédiée, mais aussi par la création d’espaces et outils de régulation régionale avec les partenaires départementaux et l’Etat.

En conclusion, l’alimentation de proximité est un défi régional, qui nécessite un travail collectif, un rapprochement des acteurs agricoles, commerçants et autres distributeurs, politiques, administratifs, et une détermination continue. C’est au prix de ces efforts que nous écrirons collectivement l’avenir de notre agriculture.

"Proximité" : du concept à la réalité

Grâce à un patrimoine agricole et gastronomique reconnu et recherché, la région relève le défi de la création de valeur par la mise en lumière de ses ressources et productions locales. S’il est vrai que l’éloignement des canaux d’exportation et des frontières maritimes joue un rôle dans ce « recentrage », la région et les exploitants locaux ont su tirer parti de ces conditions en faisant de la démarche de proximité une opportunité. « C’est pour cette raison que nous avons choisi d’évoquer, ici, cette thématique, car la proximité est véritablement abordée par la filière céréalière de Bourgogne-Franche-Comté comme un facteur de valorisation et de développement pour la région », précise Marc Patriat.

Reste à définir les voies par lesquelles la proximité peut se transformer en valeur ajoutée… Pour la Présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, l’équation repose à la fois sur la recherche et sur la coopération des acteurs. « En effet, souligne-t-elle, la création de valeur ajoutée est le sujet central des politiques de la Région. C’est le cap qui définit nos interventions sur le secteur de l’agriculture. Nous privilégions une approche contractualisée par filière, et l’apport de la Région passe par l’investissement dans la recherche et à l’innovation. La nécessité de s’adapter aux turbulences et aux réalités nouvelles, notamment climatiques, implique d’aller encore plus loin dans les travaux de recherche appliquée. Ce que nous faisons en soutenant des projets innovants et en initiant des appels à projets. Mais cette dynamique a également pour vocation de rapprocher tous les acteurs concernés et de faire en sortent qu’ils travaillent ensemble. C’est la condition nécessaire pour que la notion de proximité débouche sur de la création de valeur ajoutée. »

Signe de son engagement, la Région a placé l’alimentation de proximité au cœur de son action. Son objectif ? Hisser à au moins 50 %, sur la durée du mandat, la part de produits de proximité servis dans les cantines des 130 lycées que compte le territoire. Pour y parvenir, la démarche implique une action multiforme, depuis la redéfinition des pratiques d’achat des établissements, l’amélioration de la connaissance des marchés locaux et la coordination des acteurs (acheteurs et producteur) jusqu’à l’implication des collectivités, particulièrement au niveau des municipalités. « Faire évoluer les habitudes et arriver à massifier l’alimentation de proximité est un travail ardu, complexe, mais nous avons la volonté politique et nous engageons des moyens au service de cette cause », confirme Marie-Guite Dufay.

Le Conseil régional a ainsi développé des outils de mutualisation des informations, mis en place un accompagnement des intendants des lycées et a créé une "task force" dédiée, à laquelle les agriculteurs sont associés. « Par ailleurs, abonde Sophie Fonquernie, vice-Présidente de la région en charge de l’Agriculture, de la Viticulture et de l’Agroalimentaire, des initiatives se développent pour travailler la proximité à l’échelle du territoire car, au-delà des cantines, la demande de produits de proximité s’étend aujourd’hui à toute la société, au niveau des consommateurs mais aussi de la restauration commerciale. »

Circuits courts et proximité territoriale

Face à cette attente globale, comment peut-on aujourd’hui définir la proximité ? De l’avis d’Étienne Henriot, président de la Chambre d’agriculture de l’Yonne et président du GIE CRC, il convient de distinguer les notions de « circuit court » et de « proximité ». La première concerne les agriculteurs qui vendent directement leurs produits au consommateur : sur les marchés, à la ferme ou, de plus en plus couramment, sur Internet… La proximité, quant à elle, sous-entend l’ajout d’intermédiaires, à l’image du stockeur, du meunier et du boulanger qui font le trait d’union entre l’agriculteur et le consommateur. « Ces intermédiaires apportent un niveau de professionnalisme spécifique – par exemple en terme de sécurité sanitaire, de savoir-faire ou de gestion des flux – tout en restant proches les uns des autres, comme c’est la cas pour la filière pain qui s’appuie essentiellement sur des approvisionnements locaux », précise Étienne Henriot.

L’entreprise Mulot & Petitjean est un emblème de cet ancrage territorial qui caractérise la filière céréalière jusque dans ses activités de seconde transformation. Comme l’affirme sa dirigeante, Catherine Petitjean, « le consommateur préfère acheter les produits dont il a besoin auprès d’une entreprise responsable qui les fabrique avec des matières premières produites le plus près possible de chez lui ; et cette vigilance se renforce fortement aujourd’hui. La réponse de l’entreprise à cette demande doit être sincère, fondée sur des réalités où la confiance et la transparence sont les mots clés. Non seulement nous devons être irréprochables, mais en plus il faut le faire savoir. Il est important d’ouvrir nos entreprises au public, par exemple avec des journées portes ouvertes ou avec des dispositifs comme notre musée du Pain d’épices, créé au cœur de notre fabrique. Cette capacité à rassurer a aussi l’avantage de valoriser le produit en le déconnectant du facteur prix. »

L’idée de proximité prend également tout son sens dans le monde coopératif. « Elle s’inscrit dans nos gènes », affirme Clément Tisserand, président du groupe Terre Comtoise, qui rappelle que « le mot "coopératif " est né de cela : de la coopération entre les Hommes. Pour nous, cela passe autant par la mise à disposition et le développement d’outils que par la création de partenariats entre les adhérents issus de différentes filières. La construction d’une usine de production d’aliments pour animaux en est un exemple récent. Cet outil qui met en œuvre 100 000 tonnes de céréales régionales pour une production annuelle de 150 000 tonnes d’aliments crée des synergies de proximité entre agriculteurs, éleveurs et producteurs de fromages qui bénéficient à ce grand territoire agricole. »

Construire localement la valeur ajoutée

Étienne Henriot apporte des éléments de réponse. « En tant que producteur, lorsque j’établis un cahier des charges j’en attends évidemment la meilleure valeur ajoutée. Pour autant, nous céréaliers, sommes bien conscients que les céréales, même si elles jouent un rôle majeur, sont souvent un ingrédient parmi d’autres dans les produits manufacturés. Aussi, nous devons être à l’écoute de ce que toutes les parties prenantes – transformateurs, consommateurs, distributeurs – attendent de nos céréales. Chacun doit trouver son compte dans la chaîne de valeur, sur toute la filière jusqu’au consommateur, sachant que la valeur ajoutée se traduit aussi par un niveau de qualité conforme à ce qui est demandé. »

Le référentiel CRC porté par le label « Le blé de nos campagne » illustre parfaitement cette vision dans la mesure où il réunit agriculteurs, coopératives et organismes de négoce, meuniers, artisans boulangers, industriels et points de vente dans une dynamique commune, destinée à offrir au consommateur final un blé « 100 % français, certifié et responsable » (voir encadré ci-dessous). « Au niveau national, 400 000 tonnes de blé tendre sont produites sous le référentiel CRC pour une valorisation de l’ordre de 20 € par tonne », précise Étienne Henriot.

Pour les acteurs de la première transformation, une approche telle que celle proposée par le référentiel CRC a des vertus de transparence et de pédagogie. « Contrairement à certaines idées reçues qui pointent l’impact du prix du blé sur le prix du pain, il faut savoir que le coût de la masse salariale, qui n’a cessé d’augmenter, représente 50 % du prix de la baguette, note Jean-Philippe Nicot, directeur de Nicot Meunerie. C’est en tout cas le message que nous portons auprès de nos clients boulangers, et le prix de 20 euros annoncé en toute transparence par CRC est, à cet égard, un outil qui met tout le monde en cohérence sur la filière. »

Quel que soit le secteur, l’organisation en filière est un atout déterminant dans l’élaboration et le partage de la valeur. C’est précisément la démarche que la coopérative Terre Comtoise a engagée autour des activités de nutrition animale. « Nous cherchons à développer une véritable filière protéines pour notre territoire, confirme Clément Tisserand. Il reste du chemin à parcourir mais nous avons déjà bien avancé. » Afin de recentrer les approvisionnements sur des matières premières produites et transformées localement, les liens entre les filières céréalières et animalières ont été renforcés. Parallèlement aux investissements dédiés au nouveau site de production d’aliments pour animaux, la coopérative a mis en œuvre les moyens pour que sa production réponde à de nombreux cahiers des charges et agréments. Et même si les marges de manœuvre sont étroites dans le secteur de la nutrition animale, la coopérative recherche la valeur ajoutée à travers tout ce qui qualifie la demande de la société actuelle : confiance, transparence, traçabilité.

 

« Le blé de nos campagne »
Un signe de distinction au service de toute une filière

Lancée dans les années 1990, la démarche CRC a pour vocation de produire des céréales saines et de qualité dans le respect de l'Homme et de la Nature. Elle réunit aujourd’hui sur toute la France, 1 500 agriculteurs, une trentaine de coopératives et négoces, une quarantaine de moulins, une dizaine d'industriels, cinq distributeurs et des artisans boulangers.

Identifiée par le label « Le blé de nos campagnes » cette filière propose un blé :

  • 100 % français, produit par des agriculteurs engagés pour le respect de l’environnement et la préservation de la biodiversité,
  • 100 % certifié « CCP », signe distinctif de qualité délivré par le ministère de l'Agriculture qui reconnaît l’apport de valeur ajoutée de la démarche CRC,
  • 100 % responsable : conçu à l'origine pour l'alimentation des bébés, le référentiel CRC vise, notamment, à minimiser tous les risques de pollution.

Plusieurs grandes marques françaises ont choisi « Le blé de nos campagnes » (biscuits Saint-Michel, Gerblé, Terre & Saveurs Casino, Pains pérènes de Roland Cottes, Bi1…) et la baguette « Bagatelle », confectionnée par les boulangers partenaires, est la seule baguette Label Rouge en France.

 

Comment recueillir les bénéfices de la proximité ?

« Au-delà des lycées, nous devons aussi promouvoir cette approche auprès des autres sites de restauration collective et des consommateurs, poursuit-elle. C’est pourquoi nous avons instauré un comité régional qui a pour mission de suivre la mise en contact de l’offre et de la demande. » Une initiative qui va dans le sens des attentes des agriculteurs car, comme en témoigne l’un d’entre eux, Claude Petitguyot, « en tant que fournisseur de viande et de fromages aux établissements scolaires, il n’est pas toujours évident de livrer les quantités demandées. D’où l’importance de mettre en place des moyens pour rapprocher et coordonner les producteurs. »

Pour ceux-ci, la généralisation des approches contractualisées représente également un atout car elle offre une meilleure vision des débouchés, condition indispensable à la sécurisation des investissements et des activités. Comme le rappelle Étienne Henriot, « certaines initiatives se sont soldées, dans un passé récent, par des échecs faute d’avoir maîtrisé cette dimension contractuelle. Ainsi, la contractualisation appliquée sur l’ensemble de la filière est importante pour garantir l’adéquation et la valorisation de ce que vous produisez. »

En outre, la qualité des relations client-fournisseur est déterminante dans de multiples domaines qui impactent l’image et la qualité des productions. Par exemple au niveau des approvisionnements car, comme le déplore Catherine Petitjean, « j’ai besoin d’ingrédients made in France mais une petite entreprise n’intéresse pas toujours les gros fournisseurs de matières premières… À cet égard, je dois dire que le travail avec la filière céréalière est exemplaire, et j’apprécierais que l’on nous intègre de cette manière dans d’autres filières d’approvisionnement. » Par ailleurs, Catherine Petitjean tient à souligner que la qualité des relations recouvre également « les questions de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), un domaine de plus en plus important où les exigences qui s’imposent à nous s’appliquent aussi à nos fournisseurs. »

Développer la coopération entre filières

Du point de vue des observateurs, il n’est pas de proximité vertueuse sans de réelles complémentarités inter-filières. Pour Clément Tisserand, la complémentarité entre les productions végétales et animales passe par l’intégration, à tous les niveaux, des nouvelles technologies qui vont dans le sens de l’amélioration de la qualité. « Notre volonté est de développer le partage des avancées techniques et technologiques qui permettront aux agriculteurs de produire avec le niveau de qualité requis pour faire de la viande et des fromages tout en répondant aux demandes de la société, tant en termes de consommation que d’environnement. »

De son côté, la Région Bourgogne-Franche-Comté a décidé de développer des programmes spécifiques, comme le partenariat initié avec l’Inra pour développer la polyculture-élevage ainsi que la culture des protéines, qui fait défaut sur le territoire. « Il faut rompre avec l’héritage de décennies où l’on s’approvisionnait sur le marché mondial, affirme Sophie Fonquernie. C’est pourquoi des démarches sont mise en place pour favoriser l’approvisionnement des éleveurs en protéines et en végétaux locaux. Nous avons les surfaces adaptées, mais nous devons réunir les filières pour relever ce défi. C’est un véritable enjeu car la qualité et le rayonnement de nos productions en dépendent ! » Une dynamique de coopération que François-Xavier Lévêque, agriculteur, suggère de compléter par « un soutien administratif sur la filière protéines pour mieux tracer et rendre visibles les approvisionnements issus de pays tiers. »

Parmi les dispositifs ayant fait leur preuve, les labels, les signes distinctifs et, plus largement, les cahiers des charges sont reconnus comme des outils efficaces pour réunir des acteurs autour d’ambitions communes. Comme l’explique Étienne Henriot, « il est nécessaire de multiplier les cahiers des charges dès que l’on touche à des produits plus sophistiqués ou visant des qualités spécifiques... Cela implique de construire un dialogue puis de le concrétiser par une démarche qui vise la certification. Grâce à l’expérience acquise par le GIE CRC autour du blé tendre, nous avons commencé à travailler sur d’autres filières : blé dur, orge, maïs, sarrasin… Parallèlement, nous nous sommes rapprochés d’autres filières organisées comme "Demain la terre", qui produit des fruits et légumes responsables, ou "Bleu Blanc Cœur", qui développe une approche de la chaîne alimentaire basée sur des objectifs de qualité, de santé et d’environnement. »

Fondé sur la proximité des acteurs, l’effet « filière » a aussi pour avantage de favoriser l’implantation d’activités de transformation sur le territoire et de renforcer l’enracinement des activités présentes. « Quand une entreprise est en difficulté, note Sophie Fonquernie, les autres acteurs locaux peuvent contribuer à reprendre tout ou partie de ses activités pour maintenir le siège social et les emplois sur la région. De même, lorsqu’une filière rencontre des difficultés, nous devons être en mesure de réunir autour de la table tous les acteurs de l’alimentation, y compris les transformateurs et les distributeurs, pour les aider à délivrer des produits de qualité dans le cadre d’une démarche "de la fourche à la fourchette" à haute valeur ajoutée. »

Tisser des relations solides avec le citoyen-consommateur

Comme le remarque Clément Tisserand, « il est plus facile de créer la confiance entre "voisins", mais cela ne nous exonère pas des efforts à fournir pour mieux nous faire connaître des consommateurs et leur donner toutes les informations qu’ils attendent. Par exemple pour la viande, l’origine géographique, la race, l’alimentation, les conditions d’élevage… » Un point de vue partagé par Catherine Petitjean qui a fait de la transparence une valeur clé de son entreprise : « d’où vient le miel ?, d’où vient la farine ?, quelle est l’histoire du produit ?, comment est-il fabriqué ? Encore une fois, c’est en répondant avec sincérité à toutes ces questions que l’on crée la confiance. »

Au-delà de son assiette, le consommateur est aussi un citoyen sensible aux questions éthiques, notamment en ce qui concerne l’impact environnemental de son alimentation. Dans quelle mesure la proximité contribue-telle à répondre à cette attente ? Selon Sophie Fonquernie, « la proximité n’est pas, en soi, un gage de qualité environnementale, mais elle oriente dans cette direction. En favorisant les échanges entre consommateurs et producteurs, elle crée les conditions favorables à la prise de conscience, et les demandes exprimées influent inévitablement sur l’offre. En outre, les agriculteurs ont aujourd’hui des arguments à faire valoir sur les questions environnementales : la montée en puissance du bio, la réduction des utilisations de produits phytosanitaires, les nouvelles techniques culturales, le biocontrôle, le bien-être du producteur… Et réciproquement, les initiatives en faveur de l’environnement favorisent la proximité. J’en donnerai pour exemple les rotations culturales, qui offrent une nouvelle place à des végétaux ayant des débouchés de proximité, comme les pois pour l’alimentation… »

Des attentes paradoxales, mais des perspectives solides

Pour les agriculteurs comme pour les organismes stockeurs, la pression sur les questions environnementales est une réalité vécue au quotidien. Chacun y répond avec ses outils et ses approches. Ainsi, « Le blé de nos campagne » a été la première filière à avoir intégré le volet biodiversité dans son cahier des charges, et les équipes de commercialisation sont dotées d’argumentaires sur ces questions. De leur côté, les coopératives et entreprises de négoces s’appliquent à faire descendre sur le terrain les outils d’aide à la décision et le panel de nouvelles techniques dédiées aux bonnes pratiques agricoles. Toutefois, Clément Tisserand ne manque pas de relever certains paradoxes qui ne facilitent pas toujours les avancées. « On veut du bon porc local élevé aux farines franc-comtoises, mais on ne veut pas de porcherie à proximité de son village, relève-t-il. On veut des énergies propres et renouvelables, mais la méthanisation destinée à produire du biogaz à partir de déchets agricoles rencontre des résistances dans l’opinion… »

Quant aux perspectives d’avenir, chacun s’accorde sur le fait que la démarche de proximité a de beaux jours devant elle dans la mesure où elle est en adéquation avec l’évolution des attentes de la société, qui aspire à une alimentation toujours plus identifiée, transparente et sécurisée. Pour Sophie Fonquernie, la progression de la demande de proximité offrira de des opportunités aux approches émergentes : « en milieu urbain, on peut imaginer que les murs et toits végétalisés pourront produire une alimentation de grande proximité, en campagne on verra se développer les productions en polyculture-élevage avec des écosystèmes autonomes en eau et en énergie qui offrent d’intéressantes perspectives… »

Du point de vue d’Étienne Henriot et de Clément Tisserand, il ne faut pas s’attendre à de profondes ruptures dans les modèles agricoles, mais plutôt à un accompagnement des évolutions, comme cela a été le cas au cours des dernières décennies où les progrès destinés à concilier agriculture et environnement ont été progressifs et constants. Enfin conclut Étienne Henriot, « l’enjeu de la progression démographique nous rappellera l’importance stratégique de pouvoir nourrir sa population avec des ressources cultivées sur place, tout en faisant en sorte de contribuer à satisfaire la demande alimentaire des autres populations. »

Nos conclusions

Souvent limitée au circuit court, la définition de la proximité est bien plus large. Elle se caractérise par la coopération entre acteurs, la recherche de professionnalisme souvent grâce à des intermédiaires spécialistes, l’investissement dans la valorisation des produits, la reconnaissance des attentes des clients, la recherche, etc.

Ainsi, la proximité est véritablement abordée par la filière céréalière locale comme un facteur de valorisation et de développement économique.

Construire localement la valeur ajoutée

Les Etats Généraux de l’Alimentation de 2017 et les travaux qui en découlent ont placé sur le devant de la scène la question de la répartition de la valeur entre les acteurs de l’alimentation. Dès lors, nous avons cherché à savoir dans quelle mesure la proximité entre ces acteurs peut contribuer à une meilleure répartition de la valeur.

Quel que soit le secteur, l’organisation en filière d’acteurs proches géographiquement les uns des autres, mais aussi de leurs débouchés, est un atout déterminant dans l’élaboration et le partage de la valeur.

De plus, la recherche de la valeur ajoutée se fait à travers tout ce qui qualifie la demande actuelle de la société : la confiance, la transparence, la traçabilité ; un ensemble de caractéristiques qui reviennent fréquemment lorsqu’il est question de proximité. Celle-ci devient alors elle-même un critère de valeur pour un produit.

Comment recueillir les bénéfices de la proximité ?

Si l’idée de proximité est en apparence très simple, il s’agit de mettre à la disposition des citoyens une alimentation de qualité, produite localement et qui fasse vivre les producteurs, ce qui implique une organisation complexe et structurée. Mettre en place de la proximité nécessite de créer des outils de mesure adaptés, d’identifier les acteurs, de structurer les filières d’approvisionnement, de déployer une logistique, etc.

La proximité induit donc une organisation de la filière : contractualisation, coopération, suivi de la mise en contact de l’offre et de la demande, développement des labels, signes distinctifs et cahiers des charges, etc.

Tisser des relations solides avec le citoyen-consommateur

A l’heure où le public manifeste une défiance croissante à l’égard de l’alimentation, la proximité est considérée comme un levier permettant de répondre à cette inquiétude et de restaurer la confiance mise à mal.

Par ailleurs, si la proximité n’est pas, en soi, une garantie de qualité environnementale, elle participe à cette démarche aujourd’hui attendue de développement durable. Et réciproquement, les méthodes agricoles responsables favorisent la proximité de la production à la consommation.