Champ agricole impacté par le changement climatique   © Adobe stock - septembre 2021

Dossier

Changement climatique : la filière céréalière s'engage

Passion Céréales

Les céréales dépendent de la pluie et du beau temps comme toutes les cultures. Mais l’inverse est aussi vrai. La production agricole est reconnue comme une des solutions pour diminuer les effets du réchauffement climatique, depuis la COP23 en 2017. Que ce soit au champ comme dans toutes les étapes de la vie d’un grain de céréale, voici comment la filière céréalière agit concrètement en faveur du climat.


Le champ de céréales est une pompe à carbone insoupçonnée

Le réchauffement climatique est en grande partie dû aux gaz à effet de serre, dont les trois principaux sont le dioxyde de carbone CO2, le méthane CH4 et le protoxyde d’azote N2O. L’agriculture, au-delà de sa fonction nourricière, joue un rôle majeur et surtout unique pour capter le CO2 et stocker le carbone. En effet c’est le seul secteur d’activité, avec celui de la forêt, à pouvoir naturellement capter le CO2 grâce à la photosynthèse. Le carbone de l’air est capté puis utilisé dans la biomasse végétale (feuille, tige, grains, racines…). Cette pompe à carbone est puissante : 1 hectare de céréales capte 4 à 8 fois plus de CO2 qu’il n’en émet pour sa culture. On connaissait l’effet poumon vert des forêts, voici également le potentiel des céréales.

 

Comment le champ de céréales stocke le carbone dans le sol ? 

Un champ de céréales est aussi un moyen de stocker durablement le carbone dans le sol. En se décomposant à terre, le carbone séquestré dans les tiges et les racines va être stocké dans la matière organique du sol (l’humus qui donne cette couleur noire à la terre). Cette fonction de puits de carbone est à l’origine du projet « 4 pour 1000 ». Cette initiative, lancée en 2015 lors de la COP 21 pour le climat, propose d’augmenter de 4/1000 chaque année le stock de carbone dans les sols mondiaux. Les terres agricoles, notamment les grandes cultures, et les forêts sont ainsi un levier pour atteindre dans le futur une neutralité carbone.

 

Les couverts végétaux permettent de capter plus de CO2

Afin de maximiser cette fonction de puits de carbone des sols, les agriculteurs implantent notamment des couverts végétaux. Ce sont des espèces végétales semées entre deux cultures principales. Ils captent le CO2 pendant leur croissance et le restituent ensuite au sol grâce à toute la biomasse végétale non récoltée. Cette pratique a progressé de 30 % entre 2011 et 2017. Cette couverture des sols protège de l’érosion et permet de stocker en moyenne 240 kg de carbone par hectare et par an (Arvalis – Institut du Végétal). Associés à une réduction du travail du sol et à la diversité des espèces cultivées, les couverts végétaux sont un moyen durable pour favoriser le stockage du carbone dans la matière organique des sols agricoles.

 

Le Label Bas-Carbone

Pour encourager ces pratiques, le ministère de la Transition écologique a lancé le Label bas-carbone en 2019. C’est le tout premier système de certification climatique volontaire en France, encourageant les secteurs agricoles et forestiers à réduire leurs émissions et augmenter le stockage du carbone dans les sols. En accompagnant financièrement les agriculteurs dans leurs projets bas-carbone, les entreprises et collectivités locales pourront compenser leurs émissions grâce à des « crédits carbone ». Une véritable implication collective et territoriale pour le climat.

En savoir plus sur le Label Bas-Carbone

 

L'agriculteur et le travail du sol pour agir en faveur du climat

Au champ, on peut agir sur les émissions de protoxyde d’azote N2O, qui provient de la nature des sols. L’azote est un nutriment essentiel à la croissance végétale, au même titre que le phosphore et le potassium. Il permet la bonne activité photosynthétique des cultures céréalières. Il est apporté sous forme d’engrais minéraux ou au travers d’engrais organiques comme les effluents d’élevage (fumier, lisier). Lorsque l’agriculteur fertilise, une part d’azote non utilisée par les céréales peut rester à disposition des bactéries du sol qui le transforment naturellement en N2O. Pour palier cela, les agriculteurs s’équipent d’outils d’aide à la décision pour optimiser la fertilisation minérale azotée. Ces outils permettent d’ajuster la dose d’azote au plus près des besoins réels des céréales, afin de réduire les émissions N2O provenant de l’azote non consommée. Cultiver des légumineuses (pois, féverole, luzerne…) est également une pratique durable pour réduire les émissions de N2O. En effet, ces cultures sont autonomes pour leur besoin en azote puisqu’elles captent l’azote de l’air et le stockent au niveau racinaire. La culture suivante, comme par exemple un blé, bénéficie alors de cet azote rendu disponible.

 

Diversifier les types de transports pour agir en faveur du climat

A l’échelle de la logistique, les investissements sont massifs pour rendre le transport de céréales moins émetteur de CO2. Chaque année, ce sont près de 64 millions de tonnes de céréales qui sont transportées à travers tout notre territoire. Le transport routier est le moyen le plus utilisé pour parcourir ces milliers de kilomètres qui séparent un grain moissonné du lieu où il sera transformé ou consommé. En combinant le transport fluvial et ferroviaire au transport routier, les acteurs de la logistique céréalière agissent pour le climat. Cela nécessite de repenser tous les flux pour une circulation optimale, de minimiser les allers-retours, d’investir dans des flottes fluviales et de construire des plateformes multimodales afin d’accueillir au même endroit plusieurs types de transports pour plus de synergie.
 

 

Au niveau des transformateurs, les actions pour le climat sont propres à chacun. Chez les malteurs, on s’implique à réduire l’empreinte carbone avec l’utilisation d’énergies renouvelables d’ici 10 ans, pour la production de malt d’orge. Des unités de production de malt fonctionnent déjà à l’aide de chaudières biomasse ou de centrale solaire thermique. Chez les brasseurs, on réduit les émissions de CO2 en repensant la chaîne de production et de distribution des bouteilles de bière (réduction du poids du verre, recyclage à 100% d’ici 2030, transport ferroviaire…). Chez les meuniers, c’est la carte du « zéro déchet » qui est utilisée. Tous les co-produits comme les sons, issus de la transformation des céréales en farine, sont ainsi valorisés pour l’alimentation animale.
 

 

Les céréales sont aussi source d’énergies renouvelables

  • Le bioéthanol en France est produit à partir de blé ou maïs (3% des récoltes) ou de betteraves sucrières. Ce biocarburant est incorporé dans l’essence permettant ainsi de réduire les émissions de gaz à effet de serre de près de 70% au niveau européen, par rapport à de l’essence fossile pure. (Source Epure 2020)
  • La biomasse végétale sert également à la production de biogaz par le procédé de la méthanisation. Ainsi certains couverts végétaux à base de céréales (CIVE : Cultures intermédiaires à valorisation énergétique) sont semés entre deux cultures alimentaires et récoltés afin de produire ce biogaz (méthane), directement injecté dans les réseaux de gaz de ville.
  • Enfin, on fabrique aussi du bioplastique à partir de céréales. Que ce soit pour des sacs ou des ustensiles comme de la vaisselle jetable, le bioplastique est une façon de réduire les déchets plastiques et consommateurs de ressources fossiles.

 

Décarboner les chaînes de production et de logistique, développer les énergies vertes et surtout augmenter la capacité de stockage de carbone des sols céréaliers : c’est tout un secteur qui se mobilise pour le climat.  Dans un contexte de variabilité du climat, la filière céréalière se transforme et investit pour assurer la production de céréales de qualité, tout en développant son fort potentiel d’atténuation du changement climatique.