La permaculture peut-elle rimer avec grandes cultures ? | Passion Céréales

Sans parler de permaculture, de nombreux agriculteurs s’inscrivent déjà dans des nouveaux systèmes de cultures intégrant des techniques innovantes telles que le semis sous couvert pour leurs céréales   © Sebastien D'Halloy

Dossier

La permaculture peut-elle rimer avec grandes cultures ?

En quelques années, la permaculture a dépassé le cercle de chercheurs et passionnés pour attirer l’attention du grand public et séduire une nouvelle génération d’agriculteurs ou de néophytes tentés par une installation en milieu rural. Si ce modèle délivre des performances agronomiques et des bénéfices sociétaux qui lui donnent sa place au sein du paysage agricole, est-il pour autant adapté aux cultures à grande échelle ?


Le concept de permaculture est apparu à la fin des années 1970 en Australie. Plus qu’une technique agricole, la permaculture s’inspire des écosystèmes naturels pour proposer une approche globale qui, de la production alimentaire à la réponse aux besoins humains, intègre à la fois les dimensions agronomiques, économiques, foncières, culturelles, sociales et environnementales, et cela à l’échelle d’une communauté humaine déterminée.

Au plan purement agricole, la permaculture repose sur un ensemble de pratiques proche de l’agroécologie (fertilisation 100 % organique, associations de cultures et utilisation de la faune auxiliaire pour lutter contre les maladies et ravageurs, valorisation des énergies…) mais qui, pour certaines d’entre elles, peuvent aller encore pus loin : culture sur buttes de terre et apports de bois et feuillages dans le sol pour optimiser la ressource en eau, limitation – voire suppression complète – du travail du sol et des tâches mécanisées, non utilisation de produits phytosanitaires, recours à des variétés de plantes rustiques et/ou locales…

Association pionnière et centre d’expertise dédié au développement et la promotion de la permaculture en France, le réseau Fermes d’avenir dénombre d’ores et déjà une cinquantaine d’exploitations "officiellement" engagées en permaculture ou ayant une démarche proche de ce modèle. Le fait que la plupart d’entre-elles soient, à l’heure actuelle, des fermes maraîchères de petite taille (de l’ordre de 1,5 ha), est avant tout lié au profil des exploitants. Ainsi que l’explique Linda Bédouet, responsable Réseau de Fermes d’avenir : "le maraîchage exerce une forte attractivité sur les "néo-paysans" qui souhaitent épouser un nouveau projet de vie autour de cette activité et, plus largement, sur les valeurs éthiques et sociales de la permaculture. De plus, le modèle productif répond à la fois aux contraintes d’accès au foncier et aux critères de rentabilité permettant aux exploitants de vivre de leur production sur une surface réduite."

Si les céréales ne sont pas exclues de la production, elles peinent en revanche à y trouver leur place pour des raisons techniques. De fait, en permaculture, la lutte contre les "adventices", ou mauvaises herbes, repose principalement sur le paillage du sol, méthode qui ne convient pas aux cultures céréalières. Le paillage du sol nécessiterait d’espacer suffisamment les pieds des plantes, avec pour conséquence une perte de rendement trop importante pour les céréales. En outre, comme souligne Linda Bedouet, "l’absence de labours, de travail mécanique du sol et de produits phytosanitaires complique les tâches de désherbement. Néanmoins cette question fait partie de nos axes de recherche, et nous avons prévu d’intégrer les céréales sur notre site expérimental de Brétigny-sur-Orge."

Au cœur de l’Île-de-France, l’association Ferme d’avenir vient, en effet, de lancer la création d’une ferme pilote destinée à tester le modèle en passant à la vitesse supérieure, sur une surface de 60 ha, avec le soutien de partenaires institutionnels et privés, dont le groupe coopératif InVivo. Comme le détaille le directeur du Développement du projet, Pierre Pageot, "nous allons tester sur cinq ans une méthodologie basée sur les principes de la permaculture en intégrant des activités diversifiées (élevage, maraîchage, horticulture, arboriculture, céréales…) ainsi que certaines activités de transformation. Par exemple les céréales pourront être valorisées à travers une production locale de pain et de bière…" Au-delà de l’expérimentation agronomique, le projet a pour objectif de "valider de nouvelles doctrines de développement agricole et de montrer sa capacité à créer une valeur économique forte pour le territoire."

Agriculteur maraîcher installé en Alsace, Gabriel Willem considère également que, en l’état et en raison des faibles volumes produits, "les céréales cultivées en permaculture s’intégrent plutôt dans des circuits courts, basés sur la proximité, ainsi que sur des pratiques émergentes comme en proposent par exemple les "paysans-boulangers", qui cultivent des céréales et se sont équipés d’un four destiné à cuire le pain pour la population locale..." Une expérience de ce type est notamment menée en Bretagne par les acteurs du projet PaysBlé, qui ont mis en place une filière locale destinée à expérimenter le comportement à la panification de certaines variétés de blés, dits "de terroir". "Maintenant, conclut Gabriel Willem, il me semble encore difficile de généraliser le système à l’ensemble du territoire et à toute la population…"