Le sol, premier patrimoine du monde agricole | Passion Céréales

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Dossier

Le sol, premier patrimoine du monde agricole

La préservation de la terre fait partie des missions des agriculteurs et elle est la condition sine qua non de leur avenir. Ce patrimoine fait l’objet de soins attentifs, fondés sur une maîtrise fine des interventions et sur la nécessité d’optimiser en permanence la fertilité du sol. Explications.


Au plan agronomique, la notion de « sol agricole » désigne la couche supérieure du terrain, dite « couche arable », que l’agriculteur travaille et entretient afin d’y faire pousser des cultures, ainsi que la couche sous-jacente, ou « couche pédologique », qui sépare la couche arable de la roche mère et dont les caractéristiques influent sur les conditions de culture.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le sol est avant tout constitué d’espaces… vides ! Jusqu’à 50 % du volume total1. C’est grâce à ces espaces et grâce à l’air et l’eau qui y circulent que le sol et ses hôtes vivent et respirent. Ensuite, les parties solides du sol se répartissent entre les constituants minéraux, qui définissent la texture du terrain (cailloux, graviers, sable, limon, argile), et la matière organique qui, bien que minoritaire, joue un rôle déterminant car sa qualité conditionne la fertilité du sol.

Exemple de répartition, en volume, des constituants d’un sol agricole
Source : Unifa
 

Issue de la décomposition des résidus végétaux et animaux (humus), la matière organique est avec les particules les plus fines du sol (argiles) le « ciment » du sol agricole : elle lui donne sa structure et sa stabilité tout en assurant la fonction de réservoir d’eau et de nutriments pour les plantes.

 

Ainsi que l’explique Jean-Paul Bordes, chef du département Recherche et Développement au sein d’ARVALIS-Institut du végétal, « le sol est un système complexe dont les multiples éléments interagissent entre eux en permanence. C’est un milieu vivant et, surtout, l’un des plus grands réservoirs de biodiversité qui existe sur terre : un gramme de sol contient entre 100 millions et 1 milliard de micro-organismes… Sans oublier toute la vie macro organique (faune flore…) que le sol héberge. Et les agriculteurs sont les gestionnaires de ce réservoir. »

De fait, par sa fonction même d’occupation des sols, l’agriculture assure la préservation de ce patrimoine vivant. « La plus grosse perte de biodiversité provient de l’urbanisation car, depuis les années 60, la vie moderne ôte à l’agriculture 80 000 ha par an », rappelle Jean-Paul Bordes. Outre l’artificialisation des sols, la terre agricole est également confrontée à des menaces telles que l’érosion (notamment sur les terrains en pente et sous l’effet des phénomènes climatiques) ou le tassement, principalement dû aux passages répétés d’engins agricoles. L’un et l’autre influent sur la fertilité des sols et sur les cultures, par exemple en réduisant la matière organique ou en ralentissant la pénétration de l’air et de l’eau, ou encore en gênant les échanges de nutriments entre le sol et la plante…

Pour prévenir et lutter contre ces risques, les agriculteurs déploient différents moyens qui s’appuient à la fois sur les savoir-faire ancestraux et sur les évolutions agronomiques. La première démarche consiste à choisir le bon moment et le bon outil pour intervenir, en évitant au maximum les passages sur sol détrempé. De plus, les dernières décennies ont vu se développer de nouvelles pratiques, telles que les techniques sans labour ou la mise en place de couverts végétaux entre deux cultures.

Couverts végétaux

Fabien Driat, agriculteur dans l’Aube, pratique cette agriculture de conservation des sols (voir liens ci-dessous). Il en expose les grands principes : « la limitation du nombre de passages et d’interventions en profondeur prévient l’érosion due à la battance2 et favorise l’action des micro-organismes qui contribuent à la réorganisation structurelle du terrain. Par ailleurs, les couverts intermédiaires, comme la moutarde, protègent le sol durant les 4 à 7 mois où la parcelle n’est pas occupée par une culture. » Non seulement le sol n’est plus exposé aux aléas climatiques qui contribuent à sa dégradation, mais en plus ces couverts produisent de la biomasse qui alimente le sol en matière organique et fixe l’azote sur la parcelle. Cet azote, en tant qu’agent de fertilisation, bénéficiera aux prochaines cultures.

 

Un sol bien préservé se définit par son aptitude à offrir un environnement propice tant à la vie biologique qu’aux cultures, en permettant à la plante de s’y enraciner et d’y puiser les éléments minéraux dont elle a besoin pour se développer. Par sa capacité à favoriser l’activité des micro-organismes, la fertilité conditionne l’état physique et chimique du sol. Et c’est précisément pour préserver ces équilibres que l’agriculture apporte au sol des éléments fertilisants qui peuvent être d’origine organique (fumiers, résidus verts, vinasses de distillation…) ou dits de « synthèse », car formulés par les industries spécialisées de manière à fournir des apports minéraux adaptés à chaque contexte (azote, potassium, phosphore…).

« Tout au long de son cycle cultural, un hectare de blé absorbe chaque jour environ 2 kg d’azote, 6 kg de potassium et 1 kg de phosphore, détaille Laurence Planquette, directrice de la Communication et du Développement durable de l’Union des industries de fertilisation (Unifa). Si l’on faisait pousser ces plantes sans apport de fertilisation, elles puiseraient ce qu’il y a dans le sol… qui finirait par s’épuiser. La fertilisation permet de nourrir les plantes tout en renouvelant la matière organique du sol. Ainsi, dans un système agricole où l’on "exporte" une partie de la production du sol, la fertilisation est un moyen d’entretenir la vie et la qualité de ces sols. » Autre avantage, en favorisant le développement de la plante, la fertilisation augmente la production de biomasse. Or, après récolte, toute les parties non utilisées de cette biomasse (racines, résidus, feuilles…) restent sur le terrain où elles se décomposent et enrichissent le sol.

« L’art du cultivateur consiste à optimiser la fertilité du sol en fonction des plantes cultivées, des conditions de culture et des rendements attendus », résume Jean-Paul Bordes. Mais les apports de fertilisants complémentaires s’effectuent de manière précise et méthodique, en se basant notamment sur des analyses de sol qui permettent de définir la juste dose nécessaire. Ainsi, plus de 500 000 analyses de terre sont effectuées chaque année pour une surface totale cultivée de 14 millions d’hectares…

« Autant dire que, dans notre pays, les sols font l’objet d’une extrême vigilance », conclut cet expert.

1. Proportion maximale sachant que, plus généralement, la part de vide représente 10 à 30 %.

2. Croûtes superficielles formées sous l’action de la pluie et des interventions humaines qui empêchent l’eau de pénétrer et modifient la structure du sol.