Nourrir 9,3 milliards d'individus en 2050... Un défi pour l'humanité, une responsabilité pour la France | Passion Céréales

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Dossier

Nourrir 9,3 milliards d'individus en 2050... Un défi pour l'humanité, une responsabilité pour la France

Exponentielle et associée à de nouveaux modes de consommation alimentaire dans les pays émergents, la croissance démographique de l’humanité se traduira, au cours des décennies à venir, par une forte augmentation de la demande de céréales. 5e producteur mondial de blé et puissance agricole exportatrice, la France est amenée à jouer un rôle clé dans la satisfaction de ces nouveaux besoins.


L’augmentation de la pression démographique des trois prochaines décennies est une prévision qui fait aujourd’hui l’unanimité. « Au moins 220 000 nouvelles bouches à nourrir chaque jour, pour une population mondiale qui atteindra, selon les hypothèses basses ou hautes, de 8,6 milliards à 11 milliards à l’horizon 2050… », précise Sébastien Abis, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Bien que les pays en voie de développement soient parvenus à accroître leurs productions agricoles ces vingt dernières années, ces ressources supplémentaires sont et seront loin d’être suffisantes pour répondre aux besoins générés par une démographie galopante conjuguée à plusieurs facteurs tels que le manque d’eau, l’urbanisation croissante et la modification des habitudes alimentaires des nouvelles classes moyennes, qui se tournent davantage vers les produits carnés, laitiers et céréaliers.

La demande mondiale de céréales s’élève actuellement à 2 milliards de tonnes et devrait dépasser les 3 milliards en 2050. Ce qui correspond à une augmentation de 23 millions de tonnes par an, provenant aux trois quarts des régions traditionnellement déficitaires et de la montée en puissance des utilisations pour l’alimentation animale. Avec leurs 3 à 4 milliards d’habitants, les zones Afrique, Maghreb, Proche et Moyen-Orient sont parmi les plus exposées.

À terme, le déficit céréalier des pays en voie de développement devrait s’établir autour de 70 millions de tonnes. Le rôle des pays producteurs et exportateurs de céréales sera par conséquent déterminant face au décalage entre des régions où les besoins augmentent et celles qui disposent du potentiel de production, en premier l’Europe et la France. Un enjeu dont la filière céréalière française a pris toute la mesure, comme le rappelle Jean-François Gleizes, agriculteur dans l’Aude et président de Passion Céréales : « Nourrir les hommes et nourrir les animaux tout en contribuant au développement des territoires est la triple mission qui, de tout temps, a été confiée à l’agriculture, et tout particulièrement aux céréales. » Si, elles ont toujours su relever ces défis pour répondre aux besoins de la population française, elles ont également le potentiel pour contribuer à relever les défis mondiaux à venir.

Outre la satisfaction de sa demande intérieure, la France fait partie des rares pays en capacité de libérer également des surplus pour l’exportation. La production française de céréales s’est élevée à 68 millions de tonnes (Mt) pour la campagne 2012-2013, dont près de 38 Mt de blé et 15,5 Mt de maïs. Premier pays producteur de céréales de l’Union européenne, la France contribue pour une large part à la place de 3e producteur mondial de céréales qu’occupe l’Europe, derrière la Chine et les États-Unis. Les exportations de céréales et de produits céréaliers se sont établies à près de 32 Mt dont 10 Mt vers des pays tiers (hors Union européenne), majoritairement vers les marchés du Maghreb, de l’Afrique et du Proche Orient.

La France et l’Europe en général sont les seules régions à connaître une production stable, année après année, grâce à la qualité de leurs sols et à leur climat tempéré. Les autres régions du monde connaissent des productions plus fluctuantes, notamment en raison des conditions climatiques.

Pour répondre à l’augmentation de la demande mondiale, les cultures agricoles disposent de deux leviers potentiels : l’extension des terres cultivables, l’augmentation des rendements. On sait que les conflits d’usage (ressources en eau, urbanisation, absence d’infrastructures d’accès, de stockage et de logistique...) ne peuvent que limiter l’expansion des terres cultivées. L’augmentation constante et continue des rendements, dans le respect de l’environnement, reste par conséquent la principale voie d’avenir. Cela est vrai pour le monde, cela l’est tout autant pour la France.

Or, depuis le début des années 2000, la production céréalière française a enregistré une stagnation des rendements, ce qui représente un handicap face à la progression des autres pays industrialisés et face au nécessaire accroissement de la production mondiale. Afin de conserver ses positions et de contribuer à répondre au défi de la demande en céréales, on estime que la France devra augmenter sa production de 28 Mt soit une hausse de 44 % d’ici à 2050. A surfaces constantes, cet objectif ne pourra être atteint que si les rendements retrouvent un niveau et un rythme de croissance adaptés. Cela passera, entre autres, par la poursuite des avancées sur la sélection variétale et l’amélioration génétique des semences, l’extension de nouvelles techniques culturales avec le souci de l’impact environnemental, la juste adéquation entre les prix du marché et les investissements consentis par les agriculteurs pour augmenter leur production.

Enfin, au plan géopolitique, il est acquis que le fait de participer à la couverture des besoins alimentaires et à la sécurisation des approvisionnements des pays déficitaires est un facteur de stabilité et de paix. Par la quantité, la qualité et la régularité de ses productions céréalières la France est en mesure de participer à cette mission. Cela constitue même l’un de ses « atouts de puissance », selon Sébastien Abis. Un atout, mais aussi une responsabilité et un levier pour conforter le rayonnement de la France et de son agriculture dans le monde.

 

- 9,4 millions d’hectares de céréales (hors riz, maïs doux et ensilage), soit 17 % de la superficie du pays
- 68 millions de tonnes / an
- 300 000 agriculteurs céréaliers
- 53 % des exploitations françaises cultivent des céréales, soit plus de 270 000 au total
- 31,5 millions de tonnes de céréales (45 %) exportées sous forme de grains vers l’Union européenne et le reste du monde par la France
- 54 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour 500 000 emplois sur l’ensemble de la filière
- 8,4 milliards d’euros d’exportations, l’équivalent de la vente de 120 Airbus A320 par an

Campagne 2012-2013. Sources :  filière céréalière, Intercéréales et FranceAgriMer

« Nourrir la planète, énergie pour la vie »,  tel est le thème central de la prochaine Exposition Universelle qui se tiendra à Milan (Italie), du 1er mai au 31 octobre 2015. Le Pavillon France sera symboliquement construit autour d’une boulangerie et d’une halle de marché. Un signal fort envoyé aux 144 pays présents sur les enjeux de la demande alimentaire croissante et sur les ambitions légitimes de notre pays à y répondre.

Quatre axes de communication y seront développés :
- La contribution de la France à l’alimentation mondiale, grâce aux potentialités de son tissu productif (économie, agriculture, industrie, recherche…).
- Le développement de modèles agricoles qui répondent à des enjeux de durabilité : produire plus et produire mieux.
- L’amélioration des capacités d’autosuffisance alimentaire des pays en voie de développement.
- L’alliance de la quantité et de la qualité : sécurité sanitaire, équilibre nutritionnel, patrimoine culinaire et gastronomique, savoir faire…