La formation au service de l'emploi pour la filière céréalière en région Hauts-de-France | Passion Céréales

La formation au service de l'emploi pour la filière céréalière en région Hauts-de-France

Passion Céréales lance en 2017 son Tour de France des régions céréalières

Initié en février 2017 en région Centre-Val de Loire, à Orléans, sur le thème « Innovation numérique et formation », la région Hauts-de-France a accueilli la deuxième étape de ce cycle le 23 octobre 2017 à Lille, dans les locaux de l’ISA, une école formant des ingénieurs en agriculture, agroalimentaire, environnement et paysage. Le présent document propose une synthèse des échanges issus de la table ronde.

Réparties sur tout le territoire avec des malteries, des moulins ou encore des amidonneries les entreprises de cette filière sont pourvoyeuses de plus de 50 000 emplois, directement liés à la culture, à la collecte et la transformation des céréales. Et la valeur ajoutée ? C’est 2,6 milliards euros, la plus importante de France. La Région bénéficie enfin d’un atout géographique non négligeable avec trois capitales européennes – Paris, Bruxelles et Londres – situées à moins de 300 km et qui constituent de grands bassins de consommation et de véritables atouts économiques.

En quelques mots, on mesure tout ce que représente la filière céréalière en région Hauts-de-France.

Dans ce contexte, les questions de formation sont de véritables enjeux pour notre filière, la transformation de notre secteur et l’avenir que nous souhaitons construire pour nos métiers. Nous saluons à ce titre le choix de la Région d’avoir fait de ce sujet un axe prioritaire pour les prochaines années et d’avoir récemment entrepris l’écriture de contrats de branche.

Car l’emploi dans la filière céréalière en Hauts-de-France dispose de formidables leviers issus de la formation. Il s’agit de la formation initiale mais aussi de celle que nous développons tout au long de la vie. Les deux sont nécessaires, à la fois pour assurer un premier pas solide dans le monde du travail et pour permettre l’épanouissement et le développement personnel au cours de sa vie professionnelle.

L’étude présentée lors de cette matinée a permis de mettre en lumière ces leviers mais aussi les enjeux tels que les acteurs du terrain les définissent : quelles sont les problématiques rencontrées ? Quelle est la relation avec les jeunes de la profession ? Comment renforcer l’attractivité des formations et du secteur ? Nous avons ainsi réuni le 27 octobre 2017, élus, experts et agriculteurs, afin de réfléchir aux réponses que nous pouvons apporter : faire évoluer les métiers du secteur et de la filière, l’offre de formation, leurs perspectives d’évolution, et les relations entre écoles et entreprises mais aussi redorer l’image de la Région. Enfin, cette réunion nous a permis d’envisager concrètement les perspectives et actions pour faire avancer l’emploi dans la filière et dans les Hauts-de-France.

Cette réunion, c’était aussi un échange sur les formidables interactions qui existent déjà entre nous tous, acteurs de l’éducation, du territoire, de la filière céréalière, et envisager leurs forces pour renforcer notre développement.

Etre leader c’est bien, le rester c’est mieux. Et pour cela, la filière céréales des Hauts-de-France doit faire face à plusieurs enjeux d’avenir.

Tout d’abord, consolider ses débouchés historiques, à l’export notamment en adaptant la qualité de ses blés pour répondre à la demande des pays importateurs. La Région se félicite sur ce point de la signature d’une charte par 27 acteurs de la région qui s’y engagent pour la récolte 2018. Ensuite, développer de nouvelles filières à haute valeur ajoutée par la fragmentation et l’extraction ou par l’intégration de fibres végétales aux matériaux de demain, enjeux bien identifiés dans la stratégie agricole régionale votée fin septembre 2017. La Région entend ainsi renforcer ses partenariats avec les pôles de compétitivité et les structures de recherche et développement qui œuvrent en la matière.

Le dernier enjeu est celui de l’emploi et de la formation. De l’agriculture à la boulangerie, en passant par le secteur de l’alimentation animale, par les industries agroalimentaire ou de la chimie du végétale, les filières céréalières sont composées d’une variété de métiers et de savoir-faire, historiques ou innovants. Forte de ses nombreux métiers, elle offre des opportunités d’emplois souvent méconnues alors que l’agriculture en Hauts-de-France représente 10,4% des emplois de la région, deux fois plus que l’emploi dans le secteur de la construction. Dans une région qui connait le chômage et dans un contexte instable de concurrence mondiale, il y a urgence de se saisir de ce sujet. L’agriculture doit s’adapter, rebondir, se réinventer.

La formation initiale et professionnelle sont à ce titre indispensables pour préparer l’avenir. Sous l’impulsion du Président de la Région, Xavier Bertrand, et de Karine Charbonnier, Vice-présidente en charge de la Formation, la Région a entrepris l’écriture de contrats de branche : une déclinaison opérationnelle de deux stratégies régionales relatives au développement économique et à la formation. Un de ces contrats de branche concerne l’agriculture et l’agroalimentaire et plus globalement Rev 3. Avec pour objectif de renforcer l’attractivité de la filière, de mettre en lumière ses nombreuses opportunités d’emplois et de recenser les besoins en développement de ses acteurs, l’étude que Passion céréales a conduite sur les métiers dans la filière céréalière arrive donc à point nommé et pourra nourrir le travail mené sur les contrats de branche.

Avec cette réunion et les réflexions menées, je souhaite saluer votre capacité à regarder l’avenir avec pragmatisme, à donner ce coup de projecteur sur la filière pour accroitre l’attractivité de ces métiers et à anticiper les besoins de demain pour assurer l’emploi dans la filière céréalière et donc la compétitivité de notre économie agricole.

Résultats d'une étude régionale exclusive

Plus de 1 600 postes à pourvoir par an

Dans un contexte de baisse de la production de céréales dans les Hauts-de-France, la filière céréalière connaît une stagnation globale de ses effectifs qui recouvre des réalités contrastées. Côté production (44 % des emplois de la filière), les effectifs sont en baisse depuis 2010 tandis que les emplois dans la collecte (8 % des emplois) et la première transformation (12 % des emplois) augmentent depuis 3 ans, tirés par le dynamisme des acteurs de la seconde transformation (brasseries, boulangerie industrielle, agroéquipements…). « Les professionnels continuent à exprimer de réels besoins de recrutement qui se situent à hauteur de 1 640 postes par an. Si la seconde transformation concentre 64 % des recrutements envisagés (soit 1040 postes), les industriels de la collecte et de la première transformation estiment tout de même des besoins de recrutement d’environ 600 postes, en raison des départs à la retraite le turn-over étant faible et les salariés gagnant en âge », détaille Flore Guyon.

Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés à recruter. Au premier rang figurent la faible attractivité et le déficit d’image d’une filière finalement méconnue du grand public lorsqu’elle est plébiscitée par ses membres. Les métiers de la production et de la transformation peuvent être perçus comme dépassés, difficiles et associés à une certaine pénibilité. Ce secteur gagnerait à être davantage valorisé, notamment au niveau des métiers et des expertises associées. Les jeunes générations perçoivent difficilement les perspectives de carrière et d’évolution offertes par ce secteur en compétition frontale avec d’autres secteurs économiques comme la grande distribution.

Des métiers en profonde mutation

D’après le cabinet CMI, deux grandes catégories de postes ont été identifiées comme étant sous tension : les postes techniques spécifiques à chaque métier et des postes génériques peu qualifiés. Les technico-commerciaux et les opérateurs ou techniciens de procédés industriels de niveau Bac pro ou BTS constituent les postes les plus difficiles à pourvoir aux côtés des postes peu qualifiés de chauffeurs-livreurs et d’opérateurs en usine de production, notamment en raison de l’évolution rapide des métiers et de l’inadéquation entre besoins et formations. A titre d’exemple, « les technico-commerciaux nécessitent une double compétence ingénieur-commercial pour laquelle il n’existe pas de formation adaptée contraignant les entreprises à former elles-mêmes leurs salariés aux fonctions commerciales », précise Flore Guyon.

De plus, les recrutements s’inscrivent dans un contexte d’automatisation croissante, de diffusion des nouvelles technologies et d’enjeux écologiques de plus en plus prégnants. L’émergence de ces nouveaux besoins en compétences  modifient en profondeur les métiers  qui requièrent désormais polyvalence et expertise  pour conseiller le producteur piloter des lignes de production ou encore concevoir de nouveaux produits à forte valeur ajoutée. Avec cette évolution, c’est toute la phase de recrutement qui se retrouve modifiée.

Enfin, l’isolement des exploitations et des sites industriels conjugué à la faible mobilité de la main d’œuvre constitue également un frein au recrutement comme le montre l’enquête.

Malgré ce contexte, plusieurs leviers – identifiés par le cabinet CMI – existent afin de changer la donne : 

  • moderniser l’image de la filière céréalière, valoriser les métiers associés auprès des jeunes et de leurs familles (communiquer sur l’évolution des métiers),
  • adapter les formations initiales aux besoins des entreprises et des métiers de demain (créer des modules adaptés comme agent de silo par exemple),
  • développer la formation professionnelle et généraliser l’alternance (construire des partenariats entre organismes de formation, lycées professionnels et entreprises),
  • améliorer les conditions de rencontre entre offre et demande d’emploi (engager une réflexion conjointe entre entreprises, élus et usagers).

Table-ronde

Dans une région où les deux tiers des surfaces sont consacrés à l’agriculture et où 21 640 exploitations produisent des céréales, cette filière représente un atout de poids pour les Hauts-de-France. Comme le rappelle Jacques de Villeneuve, agriculteur et délégué de Passion Céréales en Hauts-de-France, « la filière céréalière emploie 51 000 personnes (production, collecte, transformation et exportation). La région Hauts-de-France est la première région productrice de blé tendre en France et la première région exportatrice de céréales de l’Union européenne. On y recense également une grande diversité d’entreprises de première transformation : meuneries, malteries, amidonneries et nutrition animale. » ...

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Nos conclusions

Consciente de ces atouts, le Conseil régional a placé la formation et l’emploi au cœur de sa nouvelle stratégie régionale afin de s’adapter aux défis de l’export, développer les filières à haute valeur ajoutée (cosmétique, filières végétales, etc.) mais aussi assurer les conditions de la nécessaire articulation entre emploi et formation. Cette dernière se révèle plus que jamais comme un levier d’évolution pour le secteur mais aussi pour le territoire tout entier.

L’évolution de la formation en Hauts-de-France : une nécessité structurelle

En effet, les questions de recrutement au sein de la filière céréalière révèlent l’enjeu de la formation en région Hauts-de-France.

De nombreux postes sont à pourvoir dans toutes les branches de la filière et pourtant, des difficultés à recruter se font parallèlement jour. Cette situation s’explique par la faible attractivité et le déficit d’image de la filière et de la Région, alors que, de l’aveu des acteurs du secteur, ses membres y rencontrent un épanouissement tant personnel que professionnel.

Le secteur fait par ailleurs face à une profonde mutation de ses métiers dont certains sont en tension. Les technico-commerciaux et les opérateurs de procédés industriels, nécessitant des doubles compétences,  constituent les postes les plus difficiles à pourvoir aux côtés des postes peu qualifiés. Cette tendance s’explique par l’évolution rapide des métiers, des fiches de poste de plus en plus « multi-casquettes » et de l’inadéquation entre besoins et formations. A cela s’ajoute le contexte d’automatisation croissante, la diffusion de nouvelles technologies et les enjeux écologiques de plus en plus prégnants, que connaissent tous les secteurs économiques.

Les atouts de la formation initiale et l’apprentissage dans les Hauts-de-France

Des solutions existent dans la région Hauts-de-France pour permettre à la filière céréalière et ses métiers de répondre  à ses besoins, aux attentes des jeunes sortis d’école et aux enjeux liés à l’emploi : elles résident notamment dans l’adaptation des formations aux évolutions de la filière.

Face aux mutations des métiers, l’adaptation de la formation initiale et l’apprentissage tout au long de la vie sont plébiscitées par les professionnels : améliorer la qualité de l’enseignement agricole, mieux anticiper les besoins des futurs métiers et débouchés, ou encore faire évoluer le personnel déjà existant.

Faut-il encore que les jeunes générations comprennent les atouts de la filière, soient attirés par ses métiers et la carrière à suivre. Pour cela, les écoles et établissements d’enseignement supérieur ont indéniablement un rôle à jouer pour revaloriser les filières professionnelles, leur redonner du sens et mieux informer les étudiants sur la réalité et la variété des métiers. A cette fin, les conseillers d’orientation représentent de véritables relais au sein des établissements d’éducation.

La formation, un vecteur utile à l’évolution de l’image de la Région

La région Hauts-de-France souffre enfin d’un déficit d’image qui ne reflète pas ses nombreux leviers et ses atouts. Or, mettre en lumière, au sein des formations, les forces de la filière céréalière, c’est également permettre à la Région d’en ressortir grandie et d’être plus à même de valoriser ses qualités.

A ce titre, la rédaction des contrats de branches entreprise par la Région sera l’occasion de participer à cette revalorisation.