Développement industriel et export intra-européen, clés de la compétitivité pour la filière céréalière | Passion Céréales

Passion Céréales poursuit en 2018 son Tour de France des régions céréalières

Le Grand Est a accueilli la septième étape de ce tour de France* consacrée au thème du développement industriel et de l’export. Organisée en partenariat avec la région Grand-Est, la rencontre s’est déroulée le 29 octobre 2018 sur le site portuaire Metz-La Maxe de la Société des Ports de Moselle.

Le présent document propose une synthèse des échanges issus de la table-ronde.

Forte de ces avantages naturels, l’économie régionale s’est structurée autour des céréales, permettant le développement d’une industrie de qualité autour de nombreuses entreprises exerçant dans la première et la seconde transformation : moulins, biscuiteries, boulangeries artisanales et industrielles, pâtes alimentaires, nutrition animale, etc.

Pourvoyeurs de plus de 50 000 emplois dans la Région, notre filière est également à l’origine de nombreuses spécialités culinaires connues dans toute la France et à travers l’Europe : les Madeleines de Commercy, les bretzels, les gaufres ardennaises ou encore les biscuits roses de Reims. Elles font la fierté et la renommée de notre terroir.

Notre Région rassemble de grands acteurs de la collecte et du stockage répartis de façon homogène sur l’ensemble du territoire, qui font perdurer une économie non délocalisable bénéfique pour toute la population régionale.

La Région Grand Est a su allier ses forces économiques et sa diversité afin de faire de la céréaliculture sa plus grande force.
 

Parallèlement aux projets structurants qu’elle initie et coordonne, la Région accorde une attention particulière aux négociations relatives à la Politique agricole commune. Le Conseil régional est impliqué sur les questions relatives au développement rural, second "pilier" de la PAC. En tant qu’autorité de gestion, la Région revendique de pouvoir continuer à travailler et donner les orientations sur les volets innovation et investissement, particulièrement en ce qui concerne les infrastructures et l’accompagnement des filières dans l’utilisation de ces infrastructures.

Celles-ci sont indispensables pour permettre à la filière céréalière de Grand Est d’être structurellement et historiquement exportatrice, avec un bassin d’emploi en grande partie lié à l’export. Les activités de premières et secondes transformations apportent de la valeur ajoutée pour le territoire, et participent à son dynamisme économique. Bien évidemment, les circuits courts contribuent également à la reconquête des territoires. Pour autant, cela n’exclut pas l’export, notamment parce que ce débouché concerne aussi les produits transformés.

Enfin, Grand Est est la première région productrice de biomasse. Sur la base de cet atout, nous avons souhaité faire de la bioéconomie un pilier de la stratégie de développement économique de la Région, avec l’ambition d’en faire le leader européen dans ce domaine, un champion du "carbone renouvelable". Cinq axes de travail ont été définis et mis au service de cet objectif, et douze filières prioritaires ont été identifiés, dont les biocarburants, la chimie du végétal et l’agroalimentaire, dans lesquelles les céréales sont notamment impliquées.

Ces opportunités économiques sur le plan industriel et à l’export vont permettre à la filière céréalière de Grand Est de maintenir son statut de leader européen.

Un leader au cœur de l’Europe

L’envergure de la filière céréalière en Grand Est se mesure également à l’aune des surfaces cultivées et à ses apports au tissu économique. Sur ce territoire de 5,8 millions d’hectares (Mha) où les grandes cultures couvrent 30 % du sol, 1,35 Mha sont dédiés aux céréales. On y recense plus de 49 000 exploitations agricoles dont la moitié cultive des céréales. En aval, les activités de collecte/stockage et de transformation forment un réseau dense et diversifié qui, sur l’ensemble de la filière, génère près de 50 000 emplois non délocalisables et 2,1 milliards d’euros de valeur ajoutée pour la région.

Chaque année, les moulins, biscuiteries, boulangeries artisanales et industrielles, amidonniers, malteurs et fabricants de pâtes alimentaires et d’aliments pour animaux mettent en œuvre 4,5 Mt de céréales. Comme le rappelle Christian Schneider, délégué de Passion Céréales en région Grand Est, « la filière régionale produit de nombreuses spécialités connues dans le monde entier, comme les madeleines de Commercy, les bretzels, les gaufres ardennaises ou les biscuits roses de Reims… Et la malterie bénéficie de nombreuses opportunités, notamment grâce aux bières de grandes marques et à la multiplication des brasseries artisanales… »

Une plate-forme pour l’export

Parallèlement aux projets structurants qu’elle initie et coordonne, la Région accorde une attention particulière aux négociations relatives la Politique agricole commune. « Bien que nous n’ayons pas la main sur le volet des aides directes, le Conseil régional est impliqué sur les questions relatives au développement rural, second "pilier" de la PAC. En tant qu’autorité de gestion, nous revendiquons de pouvoir continuer à travailler et donner les orientations sur les volets innovation et investissement, particulièrement en ce qui concerne les infrastructures et l’accompagnement des filières dans l’utilisation de ces infrastructures. »

Une question effectivement majeure pour les acteurs du monde céréalier qui, quels que soient leur activité et leur angle de vision respectifs, considèrent l’export comme un enjeu prioritaire. Comme le souligne Jean-Paul Defloraine, vice-Président de la coopérative Lorca, « 80 % de notre collecte part à l’exportation. À l’heure où notre coopérative s’apprête à fêter ses 50 ans, nous pouvons dire que nos prédécesseurs étaient des visionnaires lorsqu’ils ont construit des silos au bord de la Moselle ! Cette voie est un atout majeur qui nous permet de servir des marchés en Allemagne, aux Pays-Bas, au Benelux et même en Arabie Saoudite, via Rotterdam. À titre indicatif, nos 80 % exportés mobilisent 460 bateaux alors qu’il faut 4 200 camions pour acheminer les 20 % restants… »

L’export est également au cœur de la stratégie du groupe Soufflet : il représente la moitié du chiffre d’affaires et toutes les activités y concourent, tant la malterie et la meunerie que le négoce traditionnel de céréales. « Nous expédions depuis le port de Metz un peu plus de 440 000 tonnes par an et nous continuons à investir pour y augmenter notre capacité de stockage car nous croyons fortement au potentiel exportateur de la région », précise Christophe Malvezin, directeur des Relations extérieures du Groupe Soufflet.

Un point de vue auquel souscrit Bruno Paillaud, directeur d’Exploitation au sein du groupe coopératif InVivo, en rappelant que « le Rhin et la Moselle nous ouvrent l’accès au bassin rhénan qui, dans sa globalité, représente pas moins de 60 millions de consommateurs ! Sans compter les nombreuses industries de transformation implantées le long de ces axes que nous avons, de fait, la possibilité d’approvisionner par voie fluviale. »

Au cœur des enjeux logistiques

La mobilisation est d’autant plus nécessaire que, comme le rappelle Jean-Paul Defloraine, « quand le Rhin n’est pas transportable, c’est le camion qui prend le relais. Non seulement avec un surcoût de l’ordre de 20 euros par tonne, soit quasiment le double, mais aussi avec les conséquences que l’on sait en termes de bilan carbone… » Pour Christophe Malvezin, la modernisation des infrastructures fluviales est plus qu’une composante de la compétitivité, elle en est un levier. « La logistique est un aspect trop souvent oublié des débats sur les facteurs compétitivité, développe-t-il. Quand on voit les pays de la mer Noire – nos compétiteurs – qui investissent considérablement dans ce domaine, nos infrastructures ont aussi besoin de plans d’investissements pluriannuels. Notamment pour prévenir les situations de blocage comme nous en avons connu cette année avec l’impact cumulé des grèves dans le ferroviaire et des basses-eaux qui pénalisent lourdement la filière. »

Développer le transport multimodal

Au niveau continental, l’Europe s’est fixée une échéance à l’horizon 2030 pour réaliser le Réseau transeuropéen de transport (RTE-T) autour de neufs corridors prioritaires : Baltique-Adriatique, mer du Nord-Baltique, Méditerranée, Orient-Méditerranée, Scandinavie-Méditerranée, Rhin-Alpes, Atlantique, mer du Nord-Méditerranée et Rhin-Danube.

Située à l’intersection de quatre d’entre-eux (Rhin-Danube, Atlantique, Nord-Méditerranée, Rhin-Alpes), la région Grand Est a toute légitimité à bénéficier de soutiens communautaires pour développer ses infrastructures autour de ces axes, particulièrement en encourageant la multimodalité. « La Région contribue à porter politiquement les intérêts des acteurs économiques et à peser là où les décisions se prennent, auprès de la Commission et du Parlement européen, affirme Pascale Gaillot. Parallèlement nous nous assurons que l’État respecte les contrats de plan formulés avec la Région. »

Le transport multimodal consiste à combiner les moyens terrestres, fluviaux et ferroviaires tout en conservant une même unité de chargement, par exemple à l’aide de conteneurs qui peuvent être transférés d’un mode de transport à un autre sans rupture de charge. Ce système offre de multiples avantages : raccourcissement des distances et des temps de transport, optimisation des coûts, amélioration de la sécurité des marchandises, réduction des émissions de gaz à effets de serre. Mais pour en tirer pleinement partie, encore faut-il que tous les maillons soient pleinement opérationnels et interconnectés.

A cet égard, le fret ferroviaire joue un rôle clé. Comme l’explique Christophe Malvezin, « historiquement, le réseau capillaire de la région Grand Est s’est construit par embranchement sur les capacités de stockage mais ce sont des infrastructures vieillissantes qui nécessitent d’être renouvelées afin d’améliorer la coordination avec le fluvial. De plus, ce moyen souffre d’un écart de compétitivité, notamment par rapport au camion, et cet écart tend à s’amplifier. Pour que le ferroviaire joue pleinement son rôle et qu’il soit véritablement en capacité de "nourrir" un port comme celui de Metz, il faut à la fois amplifier son développement et initier une réforme des tarifications. » Parallèlement, le manque de desserte par le rail des sites de transformation pose un problème au niveau de l’accès aux lieux de travail des salariés ce qui, de fait, constitue un frein au développement de l’emploi.

« Il est vrai que dans le domaine ferroviaire, notre région revient de loin, reconnaît Pascale Gaillot. Mais l’un des intérêts du nouvel ensemble Grand Est c’est précisément de pouvoir décloisonner et élargir notre vision du réseau capillaire au niveau du territoire et, au-delà, de l’inscrire en continuité avec les régions mitoyennes, à l’image du partenariat initié avec l’Île-de-France pour la ligne Paris-Troyes-Bâle. » Afin de maintenir, voire sauver, les lignes capillaires, la Région a mis en place en 2017 le plan « Cap Fret » pour lequel 7 millions d’euros ont déjà été engagés. « Les échanges et la coordination avec les filières utilisatrices sont importants pour mettre à plat notre cartographie du réseau, pour en identifier les faiblesses et les chaînons manquants », précise Pascale Gaillot.

Favoriser la visibilité à long terme pour soutenir l’investissement

Au cœur du transport multimodal, les silos implantés sur les terminaux portuaires sont un maillon fondamental de la capacité d’exportation de la filière céréalière française. Or, comme l’expliquent Bruno Paillaud et Jean-Paul Defloraine, l’entretien et le développement de ces infrastructures nécessitent des investissements extrêmement lourds, qui demandent de pouvoir se projeter dans l’avenir, ce que ne favorise pas le système actuel de gestion des ports. « En effet, précise Bruno Paillaud, le modèle repose sur un système de concessions portuaires qui ont une durée définie et qui, à un moment ou à un autre, arrivent inévitablement à échéance, comme c’est le cas aujourd’hui. Qu’il soit basé sur 20, 30 ou 50 ans, ce système laissera toujours planer des incertitudes par manque de visibilité. On peut se demander s’il n’y a pas d’autres modèles à inventer pour libérer l’investissement. Pourquoi pas, par exemple, être propriétaires des terrains où nous avons édifié des silos ? C’est en tout cas un sujet qui mérite d’être posé sur la table pour en débattre avec l’ensemble des parties prenantes… »

Concilier développement local et rayonnement international

Si la montée en gamme des productions céréalière est une nécessité pour continuer à satisfaire les acheteurs étrangers et ainsi consolider la vocation exportatrice de la France, cette vision ne se saurait s’opposer au concept d’économie « circulaire » que le développement des circuit courts et la consommation locale ont placé au cœur des nouvelles attentes sociétales. Pour les acteurs de la collecte et du négoce, ces deux dimensions sont en effet loin d’être concurrentes et elles sont, au contraire, complémentaires. Nous seulement parce que la filière céréalière de Grand Est est structurellement et historiquement exportatrice, avec un bassin d’emploi en grande partie lié à l’export. « Bien entendu, abonde Pascale Gaillot, les activités de première et seconde transformations apportent de la valeur ajoutée pour le territoire et plus on transforme ici, plus c’est bénéfique. Bien sûr, les circuits courts contribuent à la reconquête des territoires… Mais, pour autant, cela n’exclut pas l’export, notamment parce que ce débouché concerne aussi les produits transformés. »

La meunerie en offre un excellent exemple. Ainsi que le rappelle Thierry Dubach, directeur du Moulin de Sarralbe, à quelques kilomètres de la frontière avec l’Allemagne, « il y a trente ans, la France était le premier exportateur de farines au monde. Puis, plusieurs pays importateurs ce sont équipés de moulins et, plus récemment nous avons assisté à l’explosion de la meunerie turque qui profite des blés de la mer Noire. Notre préoccupation est aujourd’hui de juguler les importations de pays tiers tout en relançant l’attractivité de nos farines à l’export grâce à la qualité, en s’appuyant sur la qualité des blés produits en France. »

Les pays limitrophes représentent également une opportunité pour l’activité de malterie qui trouve d’importants débouchés en Allemagne, aux Pays-Bas et au Benelux. Comme l’illustre Christine Bonnenfant, responsable Achats chez Malteurop, « à titre d’exemple, notre site de Metz transforme chaque année 100 000 tonnes d’orges brassicoles, et les brasseurs allemands, notamment, apprécient à la fois la qualité et l’origine durable des produits que nous leur proposons au départ de la région Grand Est. » Que ce soit par la qualité des céréales et des produits céréaliers produits en Grand Est que par son savoir-faire en matière d’exportation, la filière céréalière régionale a ainsi la capacité de répondre aux multiples attentes et exigences des marchés, tant pour les consommateurs français qu’à l’international.

Un champion du carbone renouvelable

En juin 2018, la région Grand Est a organisé les premiers États généraux de la bioéconomie. Ce concept émergent – qui englobe l’ensemble des activités de production et de transformation de la biomasse d’origine agricole ou forestière à des fins de production alimentaire, d’alimentation animale, de matériaux biosourcés, d’énergie – offre de réelles opportunités pour la filière céréalière. « Grand Est est la première région productrice de biomasse, expose Pascale Gaillot. Sur la base de cet atout, nous avons souhaité faire de la bioéconomie un pilier de la stratégie de développement économique de la région, avec l’ambition d’en faire le leader européen dans ce domaine, un champion du "carbone renouvelable". Cinq axes de travail ont été définis et mis au service de cet objectif, et douze filières prioritaires ont été identifiés, dont les biocarburants, la chimie du végétal et l’agroalimentaire dans lesquelles les céréales sont notamment impliquées. »

Dispositif emblématique en région Grand Est, le pôle IAR-ARD, adossé à la raffinerie industrielle de Bazancourt-Pomacle (Cristal Union), à proximité de Reims, travaille sur l’ensemble des thématiques liées à la production et à la valorisation de la ressource biologique : agriculture, forêt, ressources marines, coproduits et résidus. Responsable de projet au sein d’ARD, Jean-Marie Chauvet souligne à quel point la bioéconomie est appelée à prendre une place prédominante dans l’économie globale. « C’est un nouveau monde qui s’ouvre. L’Europe lui a récemment affirmé son soutien en insistant sur la capacité du végétal à fixer le carbone grâce à la photosynthèse chlorophyllienne. Quand on voit aujourd’hui la place qu’ont prise les biocarburants contenant du bioéthanol (E10, E85), on mesure tout l’intérêt d’encourager le développement de la bioéconomie... »
 

Nos conclusions

Une plate-forme pour l’export

L’export est un enjeu prioritaire pour les acteurs du monde céréaliers en Région Grand Est. Les silos implantés sur les terminaux portuaires sont un maillon fondamental de la capacité d’exportation de la filière céréalière française, permettant de stocker les céréales au bord de la Moselle qui viendront ensuite desservir l’Allemagne, les Pays-Bas, le Bénélux, et même l’Arabie Saoudite.

Le potentiel exportateur de la région n’est pas négligeable : ses deux fleuves ouvrent l’accès au bassin rhénan qui, dans sa globalité, ne représente pas moins de 60 millions de consommateurs.

Au cœur des enjeux logistiques

Cet avantage connaît parfois des difficultés, tel que sa vulnérabilité aux évolutions climatiques qui, à travers le déficit de précipitations, viennent impacter le niveau des eaux et par conséquent la navigabilité des voies d’eau. Le développement de corridors multimodaux au niveau de l’Union européenne représente une solution directe à ces problématiques.

Le transport multimodal consiste à combiner les moyens terrestres, fluviaux et ferroviaires tout en conservant une même unité de chargement, par exemple à l’aide de conteneurs qui peuvent être transférés d’un mode de transport à un autre sans rupture de charge. Ce système offre de multiples avantages : réduction des distances et des temps de transport, optimisation des coûts, amélioration de la sécurité des marchandises, réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Concilier développement local et rayonnement international.

Si la montée en gamme des productions céréalière est une nécessité pour continuer à satisfaire les acheteurs étrangers et ainsi consolider la vocation exportatrice de la France, cette vision ne saurait s’opposer au concept d’économie « circulaire » que le développement des circuits courts et la consommation locale ont placé au cœur des nouvelles attentes sociétales.

Sur le respect de l’environnement par exemple, les attentes sont fortes et offrent de réelles opportunités au développement de la filière céréalière. C’est le cas du concept de bioéconomie, qui englobe l’ensemble des activités de production et de transformation de la biomasse d’origine agricole ou forestière à des fins de production alimentaire, de matériaux biosourcés, d’énergie.

Que ce soit par la qualité des céréales cultivées et des produits transformés en Grand Est ou par son savoir-faire en matière d’exportation, la filière céréalière régionale a la capacité de répondre aux multiples attentes et exigences des marchés, qu’elles émanent des consommateurs français ou internationaux.