Actualité

Professionnels et experts de la chimie du végétal se réunissent à Lille au Plant Based Summit

Organisée par l’Association Chimie Du Végétal (ACDV) et Infopro Digital, en partenariat avec le pôle IAR (pôle de compétitivité industries et agro-ressources), la 4ème édition du Plant Based Summit se tiendra du 25 au 27 avril 2017 à Lille Grand Palais.

Ce congrès international rassemble plus de 35 entreprises exposantes et 500 professionnels de la bioéconomie venus du monde entier (Europe, Etats-Unis, Brésil, Japon…). Il offre aux industriels de tous horizons une vision stratégique globale et l’opportunité de s’informer, de comparer les approches suivies par les acteurs et d’échanger sur l’innovation, le co-développement et la mise en œuvre opérationnelle du déploiement de produits biosourcés. François Monnet, Président de l’ACDV et Ghislain Mascaux, Agriculteur impliqué dans le développement de la bioéconomie, font le point.

 

 

François Monnet,
Président de l’Association Chimie Du Végétal (ACDV)

 

 

 

Pourriez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est la chimie du végétal ?

La chimie du végétal est une branche de la chimie qui développe des molécules et matériaux dont les matières premières sont issues de la biomasse. C’est une chimie appelée biosourcée qui utilise les végétaux, initialement la partie noble des céréales (blé, amidon…) et de plus en plus les parties non comestibles ou des algues, voire des flux secondaires d’industries biosourcées comme l’industrie alimentaire, pour fabriquer des produits du quotidien (produits cosmétiques, shampoings, matières plastiques…) avec des propriétés bien spécifiques.

Depuis quand fait-on de la chimie du végétal ?

Depuis la nuit des temps ! Avant Jésus-Christ, les hommes fabriquaient du savon avec de l’huile qu’ils mélangeaient à des cendres : c’était déjà de la chimie du végétal. Puis ils ont intégré les végétaux dans la fabrication de leurs habits et la construction de leurs habitats. C’est au XIXe siècle que l’on a commencé à développer de nouveaux produits, par exemple ceux basés sur la cellulose, matière première de la cellophane utilisée en emballage, du celluloïd des pellicules photographiques, ou des fibres de Rayon. Il y a une quinzaine d’années, un virage a été pris lorsqu’on a réalisé que les ressources fossiles telles que le pétrole ne seraient pas éternelles. La chimie du végétal est toujours en phase d’innovation, mais nous sommes aujourd’hui capables de proposer des produits différenciés sur des marchés spécifiques.

Le potentiel de développement de la chimie du végétal semble immense !

Le potentiel de développement est en effet très important, durable mais sur le long terme. La mise en place d’une innovation est de dix ans en moyenne, car il faut valider les produits, construire les unités de production, passer les tests d’agréments, etc. Inscrite dans un processus de résilience, la chimie du végétal s’inscrit dans une démarche de durabilité, dans le respect des écosystèmes et de l’environnement.

La chimie du végétal est-elle une opportunité pour les agriculteurs céréaliers ?

Les céréaliers peuvent, comme l’année dernière, être sous le coup d’une double peine, entre des conditions climatiques défavorables et les cours mondiaux fluctuants des céréales. La chimie du végétal apporte à l’agriculture des opportunités de diversification, donc des compléments de revenus  propres à sécuriser l’activité des agriculteurs.

Peut-on chiffrer le potentiel d’emplois offert par la chimie du végétal ?

Sauf à avoir des unités complètement dédiées, ce qui est parfois le cas mais les lignes usuelles peuvent varier dans leurs matières premières, l’emploi est difficile à évaluer précisément. Cependant, une première étude de l’ADEME estimait à 23 000 les emplois directs dans la chimie du végétal en France et trois fois plus d’emplois indirects, soit 70 000. Portée par une forte innovation, elle génère des emplois plutôt qualifiés. Le taux d’encadrement dans la chimie est de 30%, il devrait être au moins égal, voire plus élevé, dans la chimie du végétal..

Comment se positionne la France dans le domaine de la chimie du végétal ?

Plutôt bien ! Tout d’abord, nous nous réjouissons que son importance ait été prise en compte par les quatre ministères concernés (Agriculture, Economie, Environnement et Recherche), qui ont collaboré pour aboutir à l’approbation en janvier dernier d’une stratégie de la biomasse. Cela va dans le bon sens. Ensuite, la France dispose d’une chaîne agro-industrielle puissante en matière de production et de transformation de la biomasse. Elle a également des secteurs agricoles bien structurés autour des coopératives. Ces atouts donnent une force de travail sur les marchés, la capacité de soutenir des projets industriels. Notre chimie est la 2e d’Europe avec un vrai potentiel de recherche et un système d’éducation de qualité. Mais nous devons travailler avec des pays très intéressants comme l’Allemagne, le Danemark ou la Scandinavie. Ils ont leurs propres spécificités et nous avons tout intérêt à mettre en commun nos compétences.

Pouvez-vous nous présenter une innovation récente de la chimie du végétal ?

L’isosorbide est, par exemple, une molécule d’origine végétale qui n’existe pas sur le marché en version fossile. Elle peut se substituer à d’autres substances issues de la chimie dans les polycarbonates (tout en accroissant les propriétés optiques, la résistance aux UV et aux hautes températures du matériau) et dans les résines. L’isosorbide intervient dans la fabrication de hublots de machine à laver, de lunettes ou de coques de téléphone.

Revenons-en au salon Plant Based Summit qui se tiendra à Lille du 25 au 27 avril. Pourquoi avoir choisi la région Hauts-de-France ?

C’est la 2e édition de ce salon dans la région. Auparavant, il se tenait à Paris. Nous avons souhaité le délocaliser à Lille car c’est le carrefour européen de la bioéconomie. Nous sommes au cœur d’un territoire, les Hauts de France, leader en valorisation de biomasse et à proximité des autres pays moteurs en chimie du végétal : Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne et Pays-Bas. La région des Hauts-de-France compteparmi les régions françaises les plus dynamiques économiquement en chimie du végétal, à travers ses industries, ses pôles de compétitivité et bien sûr ses grandes exploitations céréalières.

Quels seront les temps forts de cet évènement ?

En parallèle de l’exposition qui va permettre aux visiteurs de découvrir les nouveaux matériaux multi-marchés et les nouvelles molécules à la pointe de l’innovation, le congrès va proposer 24 conférences et ouvrir sur une séance plénière pour interroger la chimie du végétal sur sa durabilité. Des sessions thématiques segmentées selon une approche par marché utilisateur vont structurer le programme. Les retours d’expertise d’intervenants de renom sur l’apport de la chimie du végétal dans les secteurs de l’automobile, de la détergence, des cosmétiques, de la construction, du packaging, des solvants et de la peinture devraient intéresser toutes les filières. Pour conclure, la table ronde de dirigeants internationaux (le C-Level panel) montrera la capacité des chimistes, agro-industriels et utilisateurs à travailler ensemble pour créer des richesses, notamment dans certains territoires via les bioraffineries. Du début à la fin, PBS a de quoi nourrir la curiosité et la réflexion de beaucoup d’acteurs.

 

Témoignage de Ghislain Mascaux, agriculteur à Bugnicourt dans le Nord

À la tête depuis 2001 d’une exploitation de 160 hectares (blé, maïs, pois, haricots verts, betterave), Ghislain Mascaux est également conseiller économique et social auprès de la Région Hauts-de-France. Il a récemment remis à Xavier Bertrand une étude listant un certain nombre de préconisations afin de faire des Hauts-de-France la région n°1 en chimie du végétal via le développement des agroressources. « Les possibilités offertes par les produits issus de l’agroressource pour le développement de produits biosourcés à usage quotidien sont immenses » explique-t-il. 90 % des cosmétiques contiennent des produits biosourcés. Ces derniers peuvent également entrer dans la fabrication de plastiques utilisés par l’industrie automobile (revêtement de coffre), de produits servant dans le bâtiment (les bétons à base de chanvre ou de lin sont plus légers et présentent une bonne isolation phonique et thermique) ou de matériaux utilisés pour le matériel de sport (matériaux composites qui offrent légèreté et résistance aux raquettes et aux skis). 50 % de la production de céréales (4 000 tonnes environ) de Ghislain Mascaux part chez Roquette. « En tant qu’agriculteur, j’ai la conviction que l’agriculture a un rôle polyvalent à jouer dans la vie des gens. L’alimentation doit rester la première raison d’être de l’agriculture, mais il y a de nombreux autres secteurs dans lesquels elle peut être utile. En Hauts-de-France, il existe un vrai enjeu, car certaines terres peuvent parfois être inexploitables pour l’alimentation. Produire sur ces terres des ressources renouvelables à débouchés non alimentaires serait en outre une solution pour l’emploi dans la région ». Ghislain Mascaux sera présent à PBS, ainsi qu’au « World Forum for a Responsible Economy » qui se tiendra à Lille en octobre.
 

 

Contacter l'auteur