L'économie circulaire comme facteur d'innovation et de développement agricole et social en région Bretagne | Passion Céréales

L'économie circulaire comme facteur d'innovation et de développement agricole et social en région Bretagne

Tout un tissu économique existe autour de cette filière : 46 000 emplois directs, de la récolte à la transformation, en passant par la collecte, pour une valeur ajoutée de 2,4 milliards d’euros par an. La Bretagne, c’est aussi de nombreuses biscuiteries et boulangeries artisanales qui représentent près d’un commerce de détail sur deux. Grâce à toutes ces personnes, nous produisons nos fameuses crêpes, les Kouign Amann ou encore nos galets bretons, qui font aussi la culture et la renommée de la Bretagne.

Nous l’avons dit, la production bretonne céréalière est fortement liée à l’élevage en tant que 1ère région française de fabrication d’aliments pour animaux : 5 millions de tonnes de céréales sont transformées chaque année pour la nutrition animale. Quelle meilleure alliance pour aborder notre sujet aujourd’hui, l’économie circulaire ?

L’économie circulaire est une nouvelle façon d’appréhender la production en l’inscrivant dans une démarche responsable et soutenable, en s’inspirant de l’écosystème naturel, que l’on décrit « circulaire ». L’idée serait ainsi de passer d’une économie linéaire – c’est-à-dire produire pour utiliser puis jeter – à une économie circulaire – autrement dit produire pour utiliser puis réemployer, ou recycler ou encore réintroduire dans le circuit de production. Nous pouvons souligner d’emblée que les agriculteurs n’ont pas attendu pour faire, jour après jour, de l’économie circulaire. Je ne citerais que quelques exemples comme l’optimisation des ressources, des dépenses en énergie, ou encore le recyclage des déchets agricoles et alimentaires.

Aujourd’hui, si le sujet est devenu national, avec l’examen prochainement d’un projet de loi sur l’économie circulaire, c’est également un enjeu pour les régions de France. La Région Bretagne a eu l’occasion d’être active, voire pionnière dans ce domaine, en soutenant, depuis plusieurs années, à l’échelle locale, des projets innovants dans l’économie circulaire. Il est en effet difficile d’aborder l’économie circulaire sans parler d’innovation et, par conséquent, d’investissements et de soutien. Car, pour favoriser de nouvelles manières de produire, de créer, d’utiliser, il est nécessaire d’être soutenu.

Concrètement, nous pouvons nous demander aujourd’hui comment nous appuyer sur les besoins ainsi que les ambitions régionales et nationales en matière d’économie circulaire pour favoriser l’innovation et le développement agricole et social en région Bretagne ?

Nous aurons l’occasion d’échanger sur la compréhension de ces enjeux avec le public, le consommateur, vous aussi, en somme, sans qui il est souvent difficile d’avancer. Nous aurons ainsi le plaisir d’évoquer toutes ces notions, tous ces paramètres, qui, ensemble, nous permettent de saisir les enjeux de l’économie circulaire en région Bretagne. 

Les enjeux sont multiples : il sera nécessaire de changer de modèle pour aller vers des méthodes durables, baisser notre empreinte écologique, préserver la biodiversité, et, bien entendu, garder une agriculture viable économiquement et productive. Ainsi, comment concilier performance économique et performance agro-écologique tout en préservant le caractère familial des exploitations et leur autonomie ?

Ici, la Bretagne, première Région française sur le tri et le recyclage, s’inscrit naturellement dans la mise en place sur son territoire de l’économie circulaire avec, plus largement, l’ambition de favoriser la transition écologique pour l’agriculture. Elle fait partie des régions les plus actives, qui met en place une batterie de mesures agroenvironnementales : développement des cultures de matières azotées, soutien au développement du désherbage mécanique et couverts végétaux contre la perte d’azote et le ruissellement, de l’agriculture de précision, soutien à la fabrique d’aliments à la ferme, aides à la micro-méthanisation, aides aux circuits courts, création d’un Schéma régional climat air énergie, ou encore de la nouvelle agence bretonne de la biodiversité.

Certes, il reste à faire, comme le développement de la consigne, le développement et le soutien à la R&D pour concevoir un matériel adéquat en vue de développer une filière industrielle de méthanisation autour de la biomasse, des résidus de culture, des effluents d’élevage et du lisier frais. Des décisions et une impulsion politiques seront nécessaires afin de trouver enfin une articulation entre local, circuit court et l’export hors Bretagne. C’est possible et nécessaire car aujourd’hui ce ne sont pas les fermes urbaines qui suffiront pour nourrir Paris ou les grandes zones à densité humaine.

Manifestement, outils, volonté politique et ambition sont déjà au rendez-vous, espérons que la Région Bretagne réussisse à continuer à mettre tout cela en musique.

La Bretagne, première économie agricole de France, pionnière de l’économie circulaire

Première économie agricole et agroalimentaire de France, la Région Bretagne est à la fois une grande terre d’élevage et une grande terre de cultures céréalières mobilisant plus de 600 000 hectares sur une surface agricole utile de 2,75 millions d'hectares. Sur cette vaste avancée maritime aux paysages diversifiés, aux terres riches et naturellement azotées, blé tendre, maïs et orge représentent à eux seuls près de 80 % de la production céréalière. Elle s’élève en moyenne annuelle à 5 millions de tonnes (Mt), dont 2,5 Mt pour le blé tendre, 1,2 Mt pour le maïs et 1,2 Mt % pour l’orge et les petites céréales (triticale, sarrasin, etc.).

« Plus que toute autre Région, la Bretagne, par la complémentarité même de ses productions et la forte imbrication de ses paysages agraires et maritimes, est déjà très active sur l’économie circulaire. Elle se veut être pionnière sur le profond changement de paradigme qu’induit le passage d’une économie linéaire à une économie circulaire », rappelle en introduction Jean-Yves Tessier, délégué régional Passion Céréales.

Succédant à la révolution industrielle, le XXe siècle a vu se développer une société de consommation qui a augmenté de façon très importante son prélèvement sur les ressources naturelles. On peut dater de 1976 l’apparition dans le champ lexical courant de la notion d’économie circulaire grâce aux travaux de l’architecte suisse Walter Stahel publiés après le premier choc pétrolier.

Comme le rappelle Gilles Petitjean, directeur régional de l’ADEME Bretagne, « avec le développement de la société de consommation, on a produit des biens d’équipements et des services, on a consommé des matières premières prélevées ou produites par l’agriculture dans une logique d’économie linéaire. Une sensibilité à la finitude des ressources s’est manifestée lors du premier choc pétrolier avec la hausse du coût de l’énergie. Mais ce système fini concerne tous les produits y compris les biens alimentaires issus d’une production primaire et minière limitée par la taille de la surface agricole. L’économie circulaire ne peut par conséquent se réduire au seul recyclage qui n’arrive qu’en bout de chaîne. Avant même de parler de recyclage, il faut partir de l’éco-conception du produit. »

D’une économie linéaire vers une économie circulaire

D’une façon générale, la déclinaison opérationnelle à l’échelle de la Bretagne de la Feuille de route pour l’économie circulaire nationale est l’occasion de consolider une vision transversale des flux de matières et matériaux nécessaires au fonctionnement de l’économie bretonne, d’identifier les moyens d’y répondre en privilégiant le recours aux matières locales, notamment par la transformation de certains gisements de déchets en ressources et par l’accompagnement de modes de production plus sobres et économes.

La Bretagne, première Région française sur le tri et le recyclage, s’inscrit donc naturellement dans la mise en place sur son territoire de l’économie circulaire avec, plus largement, l’ambition de favoriser la transition écologique pour l’agriculture avec la mise en place d’une « batterie de mesures agroenvironnementales ». Ce que détaille Paul Molac : « développement du désherbage mécanique, bandes enherbées et couverts végétaux contre la perte d’azote et le ruissellement, agriculture de précision, soutien à la fabrique d’aliments à la ferme, aides à la micro-méthanisation, aides aux circuits courts, Schéma régional climat air énergie, Ambition Climat Énergie, nouvelle agence bretonne de la biodiversité, etc. ».

Enfin, le dispositif Breizh Bocage, avec des linéaires de plus de 180 000 km, vise à préserver le maillage bocager, lutter contre les phénomènes d’érosion en implantant haies et talus en rupture de pente et reconquérir la qualité des eaux bretonnes. Il présente également la préservation de la biodiversité, la restauration des paysages et un intérêt pour la fourniture de biomasse.

 

Définition : l’économie circulaire vue par l’ADEME

Pour l’ADEME, l’économie circulaire vise à changer de paradigme par rapport à l’économie dite linéaire en limitant le gaspillage des ressources et l’impact environnemental tout en augmentant l’efficacité à tous les stades de l’économie des produits. Elle cible une gestion sobre et efficace des ressources.

Dans ce contexte, l’ADEME a identifié trois grands domaines (gestion des déchets, demande et comportement des consommateurs, offre des acteurs économiques) et 7 axes d’action : extraction/exploitation, éco-conception, écologie industrielle et territoriale, économie de la fonctionnalité, allongement de la durée d’usage, consommation responsable, recyclage.

Cette vision esquisse un modèle fondé sur le cycle de vie du produit où celui-ci se voit désormais appréhendé comme une ressource.

Une source de créativité sans limite

« Nous avons repensé le travail du sol avec moins de mécanisation. Notre ferme est équipée d’installations photovoltaïques. Nous participons à alimenter avec notre production de compost un site de méthanisation avec plusieurs agriculteurs. Nous entretenons les bocages, source de matières premières pour la filière bois. Les déchets pailles nous permettent de restructurer nos parcelles. Par ailleurs, nous récupérons des drèches en provenance de la brasserie Lancelot à titre de compléments alimentaires pour nos bovins alors que nous nous approvisionnions sur Marseille auparavant. Nous avons également engagé un partenariat avec un industriel local spécialisé dans la galvanisation de métaux qui utilise la chaleur produite par la méthanisation. »

La Brasserie Lancelot avec laquelle travaille précisément Franck Pellerin représente à elle seule un condensé de l’économie circulaire bretonne. « À l’origine, en 1989, son fondateur Bernard Lancelot a utilisé l’image de la Bretagne et ses légendes celtes. En retour, il a souhaité nourrir par ses activités l’identité bretonne en s’ancrant en tant que brasserie locale dans le territoire », raconte Éric Ollive, directeur associé de la Brasserie Lancelot. Le souci de l’optimisation de la ressource et de la valorisation des coproduits irrigue depuis toute la chaîne de fabrication de la brasserie. Outre une gestion optimisée de l’eau, la récupération d’une partie de la chaleur produite pour les bâtiments ou bien encore la consignation des fûts, citons aussi les drèches - préalablement lavées à l’eau chaude pour en récupérer le sucre – qui sont ensuite orientées vers l’alimentation animale. Quant aux levures, une partie est dirigée vers les élevages porcins et de volailles de la région. Utilisées dans  la ration alimentaire elles permettent de limiter le recours aux traitements antibiotiques pour les animaux.

Concernant la gestion de la ressource, « nos orges venaient d’Angleterre, d’Italie voire d’Argentine. Or, il nous fallait un fondement sur le territoire », indique Éric Ollive. D’où la création de la filière « De la Terre à la bière » qui, outre la mise en culture d'orge brassicole bio, a abouti ensuite à la création d’une malterie coopérative, La Malterie de Bretagne.

En effet, le maltage, étape déterminante dans la fabrication de la bière, n'était pas réalisé en Bretagne. Notons de plus que la brasserie Lancelot a versé en 2018 une partie de la prime Macron en galais, la monnaie locale du pays de Ploërmel, pour qu’elle contribue à l’économie réelle sur le territoire breton. Ainsi, la boucle est bouclée.

Un autre exemple d’une économie circulaire vertueuse sur le territoire breton se traduit dans le projet mené par un couple d’éleveurs laitiers en voie de reconversion. Ils se sont orientés vers le recyclage et la valorisation de plusieurs tonnes de coquilles d’œufs issues des casseries locales. Chauffées et stérilisées à 130° dans un nouveau prototype de générateur à air chaud pulsé, lui-même alimenté avec du bois d’opportunité et gratuit provenant du voisinage, les coquilles sont transformées en amendements calcaires proches de la chaux et revendues aux agriculteurs adhérents du groupe Cecab pour fertiliser leurs sols. Elles pourraient même être conditionnées prochainement pour être vendues en jardinerie. De la sorte, des emplois ont pu être préservés sur l’exploitation.

Une économie de la fonctionnalité, créatrice de lien social

Ainsi que l’affirme Gilles Petitjean, « l’avenir est à la petite méthanisation portée par des agriculteurs. On recense à ce jour 120 unités en Bretagne. On en comptera 240 en 2020, 1 000 à l’horizon 2025. Ces dispositifs engendrent une sorte de nouvelle continuité territoriale entre le monde rural et un monde urbain qui se chauffera de plus en plus grâce à ces unités. »

La création de la Malterie de Bretagne évoquée précédemment est une nouvelle illustration de cette association des compétences. « Nous avons construit avec cette malterie un vrai projet d'économie circulaire réunissant des agriculteurs en orge brassicole bio et des brasseurs bretons, note Éric Ollive. Nous avons appris à travailler entre concurrents et à accorder tous les acteurs sur un prix de l’orge équitable réévalué chaque année mais aussi sur un prix maîtrisé de la bière bio vendue par le restaurateur au consommateur final. »

Autre voie « collective » que favorise le déploiement du réseau des CUMA (Coopérative d’utilisation de matériel agricole). En développant l’économie de la fonctionnalité où l’optimisation de l’usage d’un bien ou d’un service prédomine sur sa possession ou son achat, « on fait des économies, on recrée de l’emploi et on crée du lien en permettant aux agriculteurs de mettre en commun leurs ressources et de mutualiser leurs équipements afin d’acquérir du matériel agricole qui pèserait sinon sur l’exploitation et sur sa rentabilité », rappelle Gilles Petitjean.

Si les freins à l’économie circulaire sont clairement identifiés (coûts financiers avant les premiers retours sur investissement, réglementations nationales et européennes, complexité de certains programmes, cloisonnement et logique de silos, taille de l’exploitation, masse critique, etc.), les agriculteurs et céréaliers bretons préfèrent évoquer les leviers déjà actionnés pour créer une dynamique et un engouement partagé autour de l’économie circulaire. Certes, « il faudra des décisions politiques pour contraindre au passage aux bouteilles de verre consignées, de la R&D pour concevoir un matériel adéquat en vue de développer une filière industrielle de méthanisation autour de la biomasse, des résidus de culture, des effluents d’élevage et du lisier frais », indiquent Éric Ollive et Paul Molac.

Cependant, tous préfèrent mettre en avant des dispositifs comme le programme PROREFEI qui vise à former 3 000 référents Énergie d’ici à 2020 afin d’optimiser la performance énergétique des installations ou encore l'accompagnement « TPE & PME gagnants » proposé aux établissements de moins de 250 salariés afin d’identifier les pertes énergie-matières-déchets et proposer un plan d’actions. Enfin, pour Franck Pellerin, la formation initiale ou continue des agriculteurs à un cursus qu’il souhaite articuler autour de la notion de « multiperformance » représente aussi l’un des chemins d’accès à l’économie circulaire.

Pour conclure, Jean-Yves Tessier souligne que l’économie circulaire se voit aussi rappelée aux injonctions parfois contradictoires des mutations économiques et démographiques qui nous attendent. Comment concilier pour la Bretagne le fait de nourrir 35 millions d’habitants avec le consommer local ? Quelle juste articulation trouver entre local, circuit court et export pour un territoire qui consomme ce qu’il produit à l’échelle de la Bretagne ? Comment en parallèle rester sourd aux demandes des pays de la Méditerranée qui disent à la Bretagne et aux céréaliers en général « Produisez car vos céréales sont notre arme de paix » ? Autant de défis à relever qui pourrait bien faire de l’économie circulaire dans l'agriculture une nouvelle « mine d’or » pour tous ses éco-acteurs comme pour la planète.

Nos conclusions