Table-ronde n°1 | Passion Céréales

Table-ronde n°1

L’innovation numérique : renforcer la durabilité des exploitations et mieux satisfaire le consommateur

Table ronde réunissant : Rémy DUMERY, cultivateur ; Philippe GATE, directeur scientifique chez ARVALIS-Institut du Végétal ; Catherine DESCHAMPS, directrice Agronomie et innovation chez Axéréal et Administrateur de l’entreprise Wiuz

Des atouts régionaux au service d’enjeux universels

Les défis numériques touchent l’ensemble des secteurs d’activité et l’agriculture ne fait pas exception. L’accès du monde agricole aux outils du numérique est un enjeu primordial, d’une part pour le maintien et la stimulation de la compétitivité de la filière, et d’autre part pour répondre aux besoins d’approvisionnement futurs des populations.

L’introduction du numérique et la maîtrise des données de masse dans l’agriculture du 21ème siècle permettront de déboucher sur de nouveaux modèles (agronomiques, logistiques, etc.). La Région Centre-Val de Loire se démarque par un positionnement à la convergence d’un grand territoire de cultures, animé par des acteurs solides et structurés, et de démarches pionnières formant un écosystème innovant véritablement orienté vers le monde agricole (territoire labellisé « French Tech », campus AgreenTech Valley, etc.).

Des technologies à l’épreuve du terrain

La première marche d'entrée dans le numérique réside dans la capacité à optimiser l’acquisition et l’utilisation des données à travers des systèmes d’information qui apportent au quotidien un service aux agriculteurs. Parmi ces technologies de l’information et de la communication, on peut citer le GPS, désormais utilisé par plus de 50% des agriculteurs, ou bien les capteurs permettant d’observer la croissance du blé, mais également les blogs et réseaux sociaux, outils de communication numérique qui jouent désormais un rôle important pour partager les informations. Pour les agriculteurs, ces outils d’aide à la décision (OAD) permettent la rationalisation et l’optimisation des modes de culture, et les rassurent ainsi dans la pratique de leur métier. Car outre le bénéfice évident en termes de réduction de l’utilisation des engrais et produits de traitement de l’ordre de 5 à 10%, la convergence de ces informations augmente et sécurise à la fois la qualité des productions, le niveau de rendement et la protection de l’environnement.

La difficulté demeure désormais dans la couverture numérique qui reste encore un frein au développement des technologies, les zones de culture étant encore trop souvent situées dans des « zones blanches ». Mais malgré cette barrière, le monde agricole reste créatif et innovant pour pallier cette carence. Ainsi, d’une part les réseaux bas débits offrent une solution alternative pour transmettre les données recueillies sur le terrain ; et d’autre part, certains acteurs tels que la coopérative Axéréal et sa filiale Wiuz, mettent au point des outils de conseil et de pilotage opérationnels en déconnecté.

 

 

Recherche : des capteurs en plein champ

En amont des exploitations, la recherche scientifique s’attache également à relever un défi majeur : limiter l’impact des évolutions climatiques par la mise au point de variétés de plantes capables de s’adapter aux aléas climatiques en ayant une meilleur efficience par rapport à l’eau, l’azote, etc. Cette technologie de pointe appelée « phénotypage à haut débit » implique d’identifier de nombreux gènes et de comprendre leurs rôles dans le comportement des plantes dans des situations spécifiques.

Pour observer les plantes en conditions réelles, parfois extrêmes, ARVALIS-Institut du Végétal dispose d’outils tels que la « Phénomobile », un automate bardé de capteurs embarqués, capable d’observer 700 micro-parcelles de 10m2, soit environ 2 millions de plantes par jour ; ou du « Phénofield » en Région Centre-Val de Loire, un espace de 9 hectares où les cultures sont observées par des capteurs installés sur des portiques.
 

 

Agriculture et « big data » : le progrès en partage

Comme tous les secteurs économiques, l’univers agricole est confronté à la question du « big data » et au caractère exponentiel des données : comment gérer leur volume et leur traitement ? Profitant à tous les acteurs, la mutualisation de ces données, tant au niveau du recueil que du partage, est donc un enjeu essentiel pour le monde agricole (gestion des activités, temps passé sur les parcelles, stockage).

Favorisées par la présence de véritables pôles de compétitivité régionaux engagés sur des thématiques agricoles et agroalimentaires et qui réunissent des acteurs pluridisciplinaires autour de projets de recherche nécessitant des investissements lourds, des solutions et des initiatives voient le jour, à la fois pour gérer ce flux et contribuer à la mutualisation des données.

Ainsi, pour illustrer ce « big data », le Bulletin de santé du végétal (BSV) est par exemple capable de mobiliser des milliers d’observateurs et de remonter des millions de données. Par ailleurs, la plateforme agronomique géo-référencée Wiuz, mutualise les données numériques afin d’impulser le développement d’applications innovantes pour l’agriculture. Cette logique collaborative a également donné naissance à des partenariats féconds, comme le système Farmstar, développé par ARVALIS-Institut du Végétal et Airbus avec le soutien de l’Union européenne, associant des capteurs multi-sources (satellites, avions, drones, etc.) à des algorithmes agronomiques, pour délivrer aux agriculteurs des informations d’une grande précision directement exploitables sur leurs parcelles.

De l’action locale à la vision globale

Une des caractéristiques du numérique tient dans sa capacité à mettre en lien des enjeux locaux et une vision plus large, y compris à l’échelle internationale, afin de mettre le progrès universel au service des réalités locales.

Plusieurs initiatives contribuent désormais en Centre-Val de Loire à la diffusion et à l’utilisation des outils numériques au sein des exploitations. Lancé en mai 2016, le réseau Digifermes accompagne les agriculteurs dans leur utilisation des technologies numériques tout en leur apportant un suivi en temps réel du rapport décision/performance. La Chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir a créé le groupe Agrinumérique destiné à identifier les besoins et à évaluer les solutions mises en place. Ce projet a mis en lumière les attentes qui dépassaient les applications agronomiques, couvrant aussi bien la protection des matériels agricoles, le développement du bas débit dans les parcelles, la formation, etc., sans oublier la valorisation des données recueillies par les agriculteurs, non pas en tant que valeur marchande mais en tant qu’informations à partager avec des tiers de confiance susceptibles de leur apporter un service en retour.

Certaines innovations dites « de rupture » sont également en passe de devenir réalité dans nos cultures, à l’image des robots agricoles ou de la technologie blockchain qui, basée sur le modèle collaboratif, permettra d’émettre des garanties de traçabilité et de sécurité directement du producteur au consommateur.

 

 

Du champ pétrolier au champ agricole

La « start-up » R2A implantée à Châteaudun, au cœur de la Beauce, travaille à la mise au point d’un robot dédié au désherbage des parcelles par une pulvérisation sélective et ciblée sur les plantes adventices (mauvaises herbes) à la différence des procédés de désherbage mécanique expérimentés par d’autres sociétés, réduisant ainsi de 70% à 90% des quantités de produits désherbants utilisés.

Le robot peut embarquer des capteurs qui réalisent en même temps des analyses de terrain et des photographies qui alimentent des algorithmes agronomiques.
 

 

Recréer le lien avec le consommateur

Les médias et le grand public s’intéressent de plus en plus à la percée des technologies dans l’univers agricole, et l’image des agriculteurs s’en trouve transformée : à l’occasion de grandes manifestations telles que le Salon international de l’agriculture, l’innovation incarnée dans les robots, l’intelligence artificielle ou les matériels agricoles de nouvelle génération attire visiteurs et médias. Témoignant de l’adhésion à cette représentation moderne de l’agriculteur, ouvert sur le monde et connecté, les commentaires et vidéos mis en ligne par les exploitants sur les réseaux sociaux rencontrent également un réel succès auprès du public.

L’innovation s’avère alors être un formidable levier d’amélioration de la communication et de la connaissance réciproque entre le monde agricole et les consommateurs afin de sortir des clichés associés à la ruralité et montrer l’engagement des agriculteurs pour s’approprier le progrès au profit des produits. Aidés par la tenue de rencontres, à l’image de celles organisées par Passion Céréales, les agriculteurs sont de plus en plus souvent à l’origine des actions qui associent l’art et la culture, à la découverte du monde rural et des territoires afin d’être des « acteurs à part entière du lien à reconstruire avec les consommateurs ».

 

Cette table-ronde s'est déroulée dans le cadre d'une rencontre organisée par Passion Céréales en partenariat avec la Région Centre-Val de Loire, le 20 février 2017 à Orléans, et ayant pour thème : "Innovation numérique et formation, leviers d'avenir pour la filière céréalière en région Centre"