Table-ronde n°2 | Passion Céréales

Table-ronde n°2

La formation au numérique : répondre aux enjeux de modernisation et d’attractivité des métiers céréaliers

Table ronde réunissant : Xavier MARIN, directeur du Lycée d’enseignement agricole privé de Nermont ; Pascal GUNET, directeur adjoint du lycée agricole Le Chesnoy-Les-Barres, responsable du site des Barres ; Frédéric GOND, agriculteur et élu régional Vivéa.

Le poids de la formation continue

A l’heure de la révolution numérique et de la profonde transformation de l’enseignement agricole, celui-ci ne dispose pas encore d’une offre de formation au numérique à part entière ni de référentiels spécifiques. Si certains professeurs intègrent le numérique dans leurs enseignements, notamment à travers les techniques de l’informatique et du multimédia, la demande croissante incite désormais à aller plus loin, plus rapidement.

Des initiatives fleurissent : citons celle du Lycée d’enseignement agricole privé de Nermont (Châteaudun) qui a lancé, à la rentrée 2016, un BTS « Systèmes Numériques Option Informatique et Réseaux » destiné à former par l’apprentissage des jeunes capables de développer et d’exploiter des applications et des systèmes informatiques, connectés ou non, orientés vers l’agriculture ; ou encore l’initiative du Fonds de formation des entrepreneurs du vivant (Vivéa) qui a fait de l’accès à la formation au numérique un axe prioritaire de son action en région Centre-Val de Loire. Le fond s’attache plus particulièrement à sensibiliser les agriculteurs à la nécessité de poursuivre leur formation et de suivre les évolutions de leur environnement, notamment au plan technologique. Les chefs d’exploitation, s’ils ont un bon niveau d’études et de formation initiale, sont seulement 17% à se former en formation continue, tous sujets confondus, un taux très bas où les questions numériques occupent une place encore plus réduite.

Combler la fracture numérique et préparer l’avenir

Il existe une formidable volonté des différents acteurs de l’enseignement, de la formation et des collectivités territoriales de s’emparer de la question du numérique malgré les obstacles qui restent à lever tels que l’amélioration de la couverture des zones rurales par les réseaux, l’accélération de la formation des enseignants ou encore la nécessaire mutualisation des moyens.

Des solutions évolutives existent également pour combler la fracture générationnelle concernant les usages du numérique selon le degré de maitrise des outils numériques. D’abord consolider l’accès à un ordinateur et à Internet, puis l’utilisation d’un terminal mobile pour enfin mettre à profit des outils plus complexes comme les logiciels d’aide à la décision. Pour ceux qui maitrisent ces premiers outils, la familiarisation avec l’univers numérique peut emprunter la voie dématérialisée du e-learning ou d’outils sous forme de jeu, qui permettront aux apprenants d’évoluer dans un univers virtuel d’exploitation agricole. La résolution des problèmes fait appel à des connaissances déjà acquises ou qui l’ont été dans le cadre du jeu, chaque problème résolu permettant de passer à l’étape suivante.

Les enseignants disposent quant à eux de précieux auxiliaires de formation à travers les élèves eux-mêmes, les jeunes étant un excellent levier pour aider le monde agricole à passer à l’ère du numérique. Ce sont les bienfaits de la « classe inversée » et de l’autonomie dans l’apprentissage qui donneront aux jeunes l’envie de continuer à se former tout au long de leur carrière.

 

 

Explorer : « Les Champs du Possibles »

Créé en mai 2016 à Châteaudun, le campus Les Champs du Possible est un centre d’innovation et d’expérimentations agricoles ou « startupers », lycéens, étudiants, professionnels, agriculteurs, développeurs et spécialistes du numérique se rencontrent et inventent, ensemble, l’agriculture du futur. Le dispositif propose une offre complète, de la formation initiale – avec notamment le BTS Systèmes numériques (SNIR) – à l’incubation de projets.

Le campus a par exemple créé avec les élèves un jeu de simulation d’exploitation agricole qui est désormais utilisé par une grande banque spécialiste du secteur et dont les applications sont mises à profit dans les enseignements du bac pro.

Parallèlement, Les Champs du Possible organisent des évènements destinés au grand public ainsi que des actions visant à stimuler l’innovation, comme le concours Agreen Start’Up.

 

 

Une source de créativité et d’opportunités

L’évolution du monde agricole permettra de créer de nouveaux métiers à son service, à l’image de spécialistes de données massives (data scientists) orientés vers cet univers, de formateurs de terrain pour apprendre aux agriculteurs à utiliser les données ou encore de community managers qui, sur le modèle des grands médias internet, ont pour fonction d’entretenir un dialogue direct avec les consommateurs.

Vaste et diversifié, le gisement d’opportunités ne manque pas de stimuler l’imagination des jeunes pousses entrepreneuriales. Parmi les innovations marquantes, l’application mobile TipTap Pro, système d’alertes qui interrompt automatiquement le programme de divertissement écouté par radio pour diffuser des informations ciblées et contextualisées qui intéressent l’auditeur et lui permettent d’optimiser son travail au quotidien, est un exemple.

Ce type d’application contribue également à l’amélioration de la performance métier, axe prometteur qui favorisera l’émergence de nouveaux médias, à l’image de tutoriaux pédagogiques diffusés sur des chaînes Internet comme YouTube.

 

Cette table-ronde s'est déroulée dans le cadre d'une rencontre organisée par Passion Céréales en partenariat avec la Région Centre-Val de Loire, le 20 février 2017 à Orléans, et ayant pour thème : "Innovation numérique et formation, leviers d'avenir pour la filière céréalière en région Centre"